Souk Hadda : La suspension éternelle

Mardi 21 janvier. 19h sonnent. Nous sommes derrière la gare routière Ouled Ziane, donnant sur le quartier Madania, préfecture de Derb Soltan-El Fida, à Casablanca. Des baraquements viennent d’y être installés sur un terrain vague par des marchands. « Ce souk n’a qu’une semaine d’existence », précise un marchand, tenant un marteau et des clous dans la main. Il entretient encore sa baraque à l’instar d’autres marchands.
Avant mercredi 15 janvier, ils étaient 296 marchands occupant des baraques à Souk Damir, appelé communément Souk Hadda, situées juste en face de la gare routière d’Ouled Ziane. Ils y logent depuis 11 ans.
Mercredi 8 janvier, des éléments de l’autorité locale se sont rendus chez eux, leur demandant de se préparer à quitter les lieux dans un délai d’une semaine. « Ils nous ont expliqué que nous devons déménager derrière la gare routière, juste à côté de l’hôpital de phosphate… Ils nous ont rassuré que ce déménagement serait provisoire… », affirme un marchand du souk. Les marchands n’ont pas répondu positivement à l’appel des autorités locales. Ils se sont abstenus de rebatir leurs baraques un peu plus loin.
Mardi 14 janvier, ils ont observé un sit-in de protestation contre les décisions prises contre eux. Cependant, tôt le lendemain, ils sont surpris par la politique du statu-quo entreprise par les autorités locales. « Vers 6h du matin, le souk a été encerclé par les différentes forces de l’ordre qui nous ont empêchés d’y accéder… Quelques uns ont demandé d’entrer pour sortir leurs marchandises entassées sous les planches des baraques démolies…D’autres n’ont pas supporté regarder leurs baraques sous les roues des engins et ont protesté, ont crié, ont pleuré … », témoigne un marchand qui a assisté au rasage du Souk Hadda. « Peu importe, précise un autre marchand du souk, mais nous craignons que cet état persiste… ». De quel état parle-t-il ? « L’état provisoire… », répond-il. Car cet état remonte à 1991, selon les marchands du souk, lorsqu’ils ont été obligés de déménager sur le terrain sur lequel se trouve actuellement la gare routière d’Ouled Ziane.
Cette année, ils se sont relogés provisoirement sur le terrain en face de la gare. « Ils nous ont dit qu’ils vont nous construire un marché en dur, qu’ils vont nous confier des boutiques contre 9 mille dirhams chacun et ils nous ont demandé d’effectuer des versements en liquide… », confie Ahmed, marchand au souk Hadda.
Effectivement, ils ont versé une première somme de 4 mille dirhams et une deuxième de 2.500 dirhams. Il leur est resté un reliquat de 2.500 dirhams. Depuis, ils n’ont rien reçu. Ils ont frappé vainement à plusieurs portes et ont adressé plusieurs lettres aux responsables. Il fallait attendre 2000 pour que les cérémonies de la pose de la première pierre du projet du marché aient lieu. Mais sans suite.
Les marchands sont restés dans l’attente jusqu’au mercredi 15 courant. Où est passé notre argent ? Qu’attendent les autorités locales pour nous construire un marché en dur ? Jusqu’à quand resterons-nous dans cet état de provisoire ? C’est un échantillon des questions que posent les marchands de Souk Hadda qui ne croient plus aux promesses.

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