PROMO ALM
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Sur les traces du tueur en série de Settat

Mardi 13 février 2007, à Settat, le ciel était brumeux. À la préfecture de police, il n’y avait que les policiers qui assuraient la permanence. Tout d’un coup, à la salle de trafic, le téléphone sonne. A l’autre bout du fil, l’interlocuteur lance une mauvaise nouvelle : le cadavre d’une femme en décomposition avancée a été découvert, pas loin du quartier des Abattoirs, près du souk Chtayba. La victime était vêtue d’une djellaba, alors que son pantalon et son maillot avaient été retirés. Qui est-elle ? Fatima Zahra Hajjaj.
Cette employée dans une société des câbles, âgée de vingt ans, a disparu depuis onze jours. Vendredi 2 février 2007, au soir, elle est retournée chez elle après une journée de labeur. Un quart d’heure plus tard, elle est sortie acheter un chargeur pour son téléphone portable. Mais, elle n’a plus donné signe de vie jusqu’à la découverte de son cadavre. D’abord, aucune trace de violence n’a été constatée sur son corps. Pour les enquêteurs de la PJ de la ville de Settat, une chose est certaine : Fatima Zahra a été violée. Son cadavre a été évacué vers l’hôpital médico-légal de Casablanca. Le rapport de l’autopsie a conclu qu’elle était uniquement sodomisée et est tuée par asphyxie mécanique. Autrement dit, son violeur lui a occlus la bouche et le nez pour la liquider. Mais qui est l’auteur du crime ? Mystère.
L’enquête policière n’a pas abouti à l’identifier, non pas parce que les enquêteurs n’avaient pas déployé assez d’efforts,  mais, parce que l’état de décomposition plus avancée du corps n’a pas permis au médecin légiste de prélever de traces de sperme ou d’empreinte digitale susceptible de leur faciliter la tâche.
Un mois plus tôt, avant la découverte du corps de Fatima Zahra Hajjaj, plus précisément, le mardi 16 janvier 2007, dans l’après-midi, une jeune infirmière, âgée de vingt-quatre ans est arrivée au commissariat de police. Elle était dans un état lamentable. Les larmes aux yeux, cette étudiante à l’Institut de formation des infirmières a déclaré aux enquêteurs qu’elle avait été violée par un «beau gosse».
Terminant les séances des cours de ce jour, elle a quitté l’institut pour emprunter son chemin habituel pour rentrer chez elle, au quartier Mabrouka. Quand elle est arrivée juste à côté de la Pizzeria, située au boulevard Hassan II, elle a été croisée par un jeune homme, colosse, charmant et bien habillé. Il s’est fait passer pour un inspecteur de police en tenu civile. Il lui a même décliné une carte où sont tracées obliquement deux lignes : l’une en rouge et l’autre en vert. En fait, il ne s’agit que d’une carte délivrée par un club de sport. Il lui a chuchoté deux mots mielleux et l’a invitée à boire une boisson. Elle a refusé. Et le ton doux a cédé la place à des mots vulgaires. L’infirmière l’a supplié de la laisser tranquille. En vain. Il est devenu plus agressif. Tournant sa tête à gauche et à droite, elle a eu le sentiment que la terre s’ouvrait pour absorber tous les gens qui l’entouraient. Elle s’est démenée pour desserrer l’étau de son bourreau qui l’étreignait, en vain. Elle est devenue comme un poulet. Il l’a conduite vers un terrain vague jouxtant souk Chtayba. Là, il l’a sodomisée atrocement avant de la libérer.
Elle a déposé plainte à la PJ de Settat. Trois semaines se sont écoulées. Sans résultat. Ce n’est pas par manque de compétence mais ce n’était qu’une question de temps, surtout que les fins limiers n’avaient pas assez d’éléments pour déterminer la piste convenable. En plus, la découverte du corps de Fatima Zahra Hajjaj les a intrigués. Vingt-deux jours après avoir déposé sa plainte (cinq jours après la disparition de Fatima Zahra et six jours avant la découverte de son corps), l’infirmière a croisé son violeur.
Rapidement, elle s’est rendue à la préfecture de police et a alerté la brigade qui se chargeait de l’affaire. Sans perdre du temps, ils l’ont accompagnée jusqu’au lieu où elle l’a croisé. Et ils l’ont arrêté, le 7 février 2007. Il s’agit de Hicham Raoui. Traduit devant la justice, il a été condamné à un an de prison ferme. Et si les enquêteurs de la PJ de Settat ont poussé un soupir de soulagement pour avoir mis la main sur l’auteur de viol, ils ne l’ont pas fait pour le crime du meurtre de Fatima Zahra. Son auteur était-il toujours en liberté ?
Nous sommes le mercredi 13 février 2008. Le cadavre d’une jeune fille a été retrouvé près d’une station d’essence, située pas loin de la route nationale n°9. La victime portait une djellaba. Son pantalon et son maillot étaient descendus jusqu’aux genoux. Le rapport de l’autopsie a conclu que la victime a été, uniquement, sodomisée et a été tuée par asphyxie mécanique. Tout comme le meurtre de Fatima Zahra Hajjaj. Qui est cette deuxième victime? L’enquête policière est arrivée à savoir qu’il s’agit de Nezha Mansar, âgée de vingt-deux ans, célibataire. Elle vient, cette année, de décrocher son diplôme de commerce à l’Institut spécialisé de technologie appliquée (ISTA). Interrogé par ALM, son père, un enseignant à l’école primaire Sidi Abdelkrim, a affirmé que sa fille était sortie de chez elle, vers 16 heures, lundi 11 février. Elle avait l’intention d’aller à la Poste pour chercher quelques lettres réponses auprès des sociétés auxquelles elle avait envoyé des demandes d’emploi.
Son père s’est interrogé sur le fait que le cadavre de sa fille avait été découvert dans un lieu qui n’a aucun rapport avec le trajet qu’elle avait l’intention de parcourir entre son domicile et la Poste ! Aurait-elle été conduite par son meurtrier sous la menace d’arme blanche ? Seul le meurtrier dispose de la réponse. Où est-il ? Les enquêteurs de la PJ de Settat se sont lancés, dans une course contre la montre, pour élucider ce nouveau meurtre. Surtout que Nezha et Fatima Zahra ont été assassinées de la même manière après avoir été sodomisées. Ont-elles été tuées par la même personne? Si oui, qui est le meurtrier? Pour le chercher, les enquêteurs ont ciblé les repris de justice qui avaient déjà purgé des peines d’emprisonnement pour viol. Hicham Raoui qui avait écopé d’une peine d’un an de prison ferme pour le viol de l’infirmière en fait partie. Il a été interpellé, dimanche 17 février, dans l’après-midi. Un échantillon de sa salive lui a été prélevé pour être soumis à l’analyse ADN. Il a été même photographié avant d’être libéré puisqu’il n’y avait aucune preuve qui le  met en cause. En effet, les éléments de la police judiciaire de Settat ont fourni tous leurs efforts pour élucider ce nouveau meurtre. Leur chef qui avait chapeauté l’enquête, en 2004, à Taroudant sur l’affaire du meurtre de neuf adolescents, élucidée par l’arrestation du pédophile et tueur en série Abdelali Hadi, aurait pensé être devant un tueur qui n’est pas ordinaire, qui peut être un serial killer. Une hypothèse qui a commencé à se confirmer par la découverte, mardi 11 mars, du corps d’une troisième jeune fille. Il s’agit de Nawal Taâlabi, âgée de vingt-deux ans, étudiante à l’Institut spécialisé de technologie appliquée. Tout a commencé le dimanche 9 mars, quand elle a accompagné sa sœur, une pharmacienne qui séjourne chez sa tante paternelle. Selon cette dernière, quand elles sont arrivées juste à côté du Kissariat Chaouia, un kilomètre et demi loin de chez ses parents, elle lui a demandé de retourner chez elle tout en lui remettant une pièce de dix dirhams. Elle l’a sollicitée pour prendre un petit taxi.
Malheureusement, Nawal lui a répondu qu’elle allait retourner chez elle à pied. Vers 21 h 19, la pharmacienne a téléphoné à Nawal. Toujours selon la sœur de Nawal, cette dernière lui a répondu sur un ton faible. Quand elle lui a demandé de rentrer chez elle, le téléphone cellulaire a été raccroché. Depuis, son téléphone ne répond plus. La famille a avisé le père qui était à Nador. Ce dernier a pris l’autocar, lundi soir, pour arriver à Settat, mardi matin. Son sens de père l’a conduit sur un terrain vague, jouxtant Oued Ben Moussa. Mais quelle ne fut sa surprise quand il a découvert le corps de sa fille sans âme dans une fosse recouverte de plantes sauvages. La police judiciaire s’est dépêchée sur les lieux pour effectuer les premiers constats d’usage. Ils ont remarqué que Nawal a été non seulement sodomisée, mais perdu sa virginité aussi. Aussitôt, les éléments de la scène du crime ont prélevé un échantillon de la salive de la jeune fille et une goutte de sperme qui maculait sa joue gauche.
L’échantillon a été envoyé au laboratoire scientifique et technique de Casablanca. Alors que le corps de la victime a été évacué vers l’hôpital médico-légal de la même ville. Le rapport de l’autopsie a conclu que la défunte avait été sodomisée, comme dans les deux autres cas, à ce ceci que Nawal a perdu sa virginité. Alors que le rapport de l’analyse de l’ADN et de sa comparaison avec ceux prélevés sur les repris de justice qui ont été interpellés après la découverte du deuxième corps a donné aux enquêteurs la clé de l’énigme de ces crimes. Comment ? Il s’est avéré que  l’ADN ressemble à celle de Hicham Raoui. Rapidement, il a été arrêté et soumis aux interrogatoires. Il a avoué être bel et bien le tueur des trois jeunes filles. Il a reconnu les avoir racolées. Et chacune d’elles l’a accompagné de plein gré jusqu’au lieu où leurs corps ont été découverts. Il a précisé, à titre d’exemple, que sa deuxième victime était en compagnie d’une fille et deux garçons. Il semble qu’elle ne s’est pas familiarisée avec le deuxième garçon, a-t-il précisé. Raison pour laquelle elle a préféré marcher loin d’eux. C’était le moment où il s’est approché d’elle et l’a incitée à l’accompagner. Séduisant et charmant, il lui plait. Et elle l’a accompagné jusqu’à la RN n°9 près d’une station d’essence. Selon ses déclarations, il aurait racolé également sa troisième victime. Cette dernière l’a accompagné même à bord d’un petit taxi jusqu’à la route donnant sur le terrain vague jouxtant Oued Ben Moussa. Tout comme sa première victime. Il a ajouté qu’il préfèrait la sodomisation, mais il ne sait pas pourquoi il finit par étouffer ses victimes. Et pourquoi il n’a pas liquidé l’infirmière ? Il l’a relâchée quand il a entendu un bruit. Un bruit qui a sauvé une vie contre un plaisir qui enterre d’autres !

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