Surdosage du paracétamol : Une toxicité hépatique passée sous silence

Surdosage du paracétamol : Une toxicité hépatique passée sous silence

Le paracétamol est l’analgésique le plus vendu au Maroc. Il est très efficace pour soulager les maux de tête, certains symptômes du rhume, les douleurs corporelles et même les douleurs dentaires. Cela dit, ce célèbre antidouleur est à prendre avec prudence. Et pour cause : le paracétamol présente une toxicité pour le foie dès lors que l’on dépasse les doses usuelles. Outre une défaillance hépatique  aiguë irréversible, il peut mener à une mort accidentelle. Dans le dernier numéro de sa publication officielle «Toxicologie Maroc» du 1er trimestre 2013, le Centre antipoison et de pharmacovigilance indique  avoir enregistré 547 cas d’intoxication et un décès par le paracétamol durant la période 1980-2009, ce qui représente 2,63% des intoxications médicamenteuses. Par comparaison à certains pays comme les Etats-Unis ou la France, ces statistiques sont moins importantes. En effet, on dénombre chaque année aux Etats-Unis plus de 100.000 cas de surdosage avec en moyenne plus de 450 décès. En France, le paracétamol cause 10% de l’ensemble des intoxications.
L’intoxication par le paracétamol est dans la plupart des cas asymptomatique pendant les premières 24 heures après l’intoxication. Quant aux signes cliniques, il faut relever trois phases. Durant la première (1 à 24 h), l’intoxiqué ne présente aucun symptôme excepté parfois des nausées, vomissements. Durant la 2ème phase (24-36 h) on constate des perturbations au niveau des enzymes hépatiques après un bilan sanguin. A partir de la 36ème heure, plusieurs signes cliniques se manifestent, à savoir un ictère ou jaunisse (coloration jaunâtre de la peau), des troubles de la conscience qui peuvent conduire au coma, un risque d’hypoglycémie et une perturbation du bilan biologique. A ce stade, l’insuffisance hépatique devient irréversible et peut évoluer vers le décès. Le CAPM précise que la NAC (N-acétylcystéine) constitue le seul traitement qui permet de prévenir la destruction des cellules hépatiques, à condition qu’il soit mis en route avant les 8-10 heures après l’intoxication. Cette prédiction est basée sur plusieurs paramètres, notamment la dose supposée prise, le délai d’intoxication, les facteurs de risque et la paracetamolémie prélevée après la 4ème heure de l’intoxication. Dans la prise en charge de l’intoxication par le paracétamol, le lavage gastrique n’a pas montré son efficacité. Quant au charbon activé, celui-ci  a l’avantage de  diminuer l’absorption digestive du paracétamol s’il est administré pendant les 1-2 heures post-ingestion. L’administration de la NAC atténue l’atteinte hépatique. Par effet anti-inflammatoire et antioxydant et par vasodilatation, la NAC a un effet hépato-protecteur. Les spécialités disponibles au Maroc sont Fluimucil® (injectable), Mucolator®, Mycomyst® et Exomuc® (sachet). L’acquisition de cet antidote se fait via le CAPM. Ce médicament est disponible au sein des  CHU, les hôpitaux régionaux et provinciaux ainsi qu’au niveau des services de réanimation et des urgences médicales. Le surdosage du paracétamol remet en avant la question de la prescription médicale.  En attendant, ce médicament continue d’être vendu sans ordonnance et le patient peut faire ce qu’il veut, y compris un surdosage volontaire.

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