Tentations dangereuses

La dernière semaine de décembre 2002. Le téléphone du centre de la gendarmerie royale de Settat sonne. «Un camion a été renversé pas loin de la région de Had Soualem, … Deux personnes sont étendues et attendent les secours…», alerte un passant.
Les éléments de la gendarmerie royale ont alerté la protection civile avant de se dépêcher sur les lieux. Une fois arrivés, ils ont entamé leur premier constat d’usage. Le camion renversé est blindé et sert au transport des fonds et les deux blessés sont des convoyeurs.
«Nous transportons une somme de trois millions quatre cent mille dirhams au profit de la banque…», déclare l’un des deux convoyeurs, avant d’être évacué vers les urgences de l’hôpital pour subir les soins nécessaires.
Le constateur de la gendarmerie regardait et notait les remarques nécessaires ; le camion a quitté la chaussée et s’est renversé sur le bas-côté de la route.
Il a poursuivi son constat d’usage, notant tous les petits détails dans son calepin avant de retourner au Centre afin de dresser un PV. Quelques anomalies de l’accident lui ont mis la puce à l’oreille. De plus, «les normes de sécurité en vigueur semblent être transgressées par les deux convoyeurs…», affirme-t-il à son chef. «Le convoi de fond dispose de ses propres normes… D’abord les sacs renfermant les sommes d’argent ne sont pas placés dans le coffre fort du camion blindé et, ensuite, le système d’alarme devant verrouiller automatiquement les portières blindées du camion en cas de choc était désactivé…Pourquoi ? Je ne sais pas. Il faudrait demander aux deux convoyeurs …», ajoute-t-il. Le chef de la brigade a hoché la tête en signe de son accord.
Lui, également, a fait la même remarque avant de donner ses instructions pour interroger les deux convoyeurs. Cependant, un autre fait surgit au cours des investigations et qui va confirmer les soupçons des limiers de la gendarmerie. Ils ont découvert la disparition d’un million huit cent mille dirhams de la somme transportée dans le camion.
«Sans doute, les deux convoyeurs étaient au courant de la disparition de cette somme…», remarque l’un d’eux. Quand ils ont subi les soins, les deux convoyeurs se sont rendus vers le centre de la gendarmerie royale de Settat pour complément d’enquête. «Non, nous n’étions pas au courant de la disparition de la somme», répond l’un d’eux aux enquêteurs. «Pourquoi vous n’avez pas mis en action le système d’alarme et pourquoi les sacs contenant l’argent étaient placés en dehors du coffre-fort ? Qui en est responsable ? Vous, sans doute, car vous deviez contrôler tout avant le départ…», demande l’un des enquêteurs. D’une question à l’autre, les deux convoyeurs sont passés à table.
«Oui, nous avons décidé de mettre la main sur une partie de la somme transportée…», déclare l’un d’entre eux.
Ils sont deux jeunes célibataires, la trentaine, qui se chargeaient de convoyer les fonds depuis peu de temps. Ils n’ont pas pu résister. Convoyer des millions de dirhams alors qu’ils touchent un salaire de misère… Ils se sont donc mis d’accord pour simuler un accident de la circulation afin de maquiller leur forfait. Et ils sont passés à l’action sans calculer la gravité de leur situation en cas d’échec.

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