Tindouf : Un No man’s land ? (1)

Tindouf : Un No man’s land ? (1)

L’objectif proclamé par tous les responsables maghrébins est l’unité du Maghreb. Cette unité maghrébine demeure hypothétique et dominée depuis trois décennies par la rivalité maroco-algérienne, pour ne pas dire la rivalité algérienne tout court, avivée par le conflit du Sahara, œuvre algérienne.
L’un des enjeux de ce conflit est la première place à l’intérieur du Maghreb. L’Algérie cherche obstinément à obtenir «indirectement» une ouverture sur l’Atlantique tout en brisant «définitivement» les aspirations marocaines au «Grand Maroc».

Tindouf: No man’s land ou Land of Non Droit?
Tindouf est-elle sous souveraineté algérienne, région autonome ou indépendante? Pourquoi cette question banale sur un territoire d’un pays supposé souverain? L’observateur en général ou le lecteur en particulier est intrigué de voir souvent les journaux algériens placer les informations en provenance de Tindouf, supposées algériennes, dans la rubrique «Monde», «International» ou «Etranger», et constate régulièrement que la presse internationale cite Tindouf comme étant le siège du Polisario et la capitale de la RASD auto-proclamée.
Tindouf est une région et le nom d’une petite ville qui a poussé au milieu du désert à 1.900 km au sud-ouest d’Alger à la frontière «informelle» avec le Maroc, située entre les parallèles 26°N et 26°30’N d’une part et les méridiens 8°40’W et 11°30’W d’autre part. Le paysage désertique est caillouteux et désolant où le terme «désert» prend son vrai sens d’austérité géographique (géomorphologique) et non d’un havre touristique vanté par certains Tours Opérators. La région compte une population déclarée d’environ 34000 habitants répartis entre deux communes : «Tindouf» et «Oum Lassel» et constitue dans le jargon administratif algérien, la 37ème circonscription administrative de l’État algérien: la wilaya de Tindouf. La wilaya selon la législation algérienne est une collectivité publique territoriale dotée d’une personnalité morale, d’une autonomie financière et d’une assemblée élue dénommée «Assemblée populaire de wilaya» et placée sous l’autorité du wali (préfet) nommé par le Président de la république.
Cette petite ville très discrète, mais très médiatisée, n’est animée que par la présence en masse de militaires algériens, de membres de Polisario et de trafiquants de contrebande de tout genre : détournement des aides humanitaires, trafic d’immigrants subsahariens, contrebande de boissons alcoolisées et de cigarettes de marque étrangère. Les tribus qui y habitent ont une continuité spatiale et ne connaissent pas les frontières imprécises et invisibles de part et d’autre des deux pays maghrébins. Certes, les logements sont précaires mais la vie est gratuite; ici l’État algérien subventionne tout: la nourriture, l’eau, l’électricité et le transport…
Les autorités algériennes ont fait de l’aéroport de Tindouf le deuxième
d’Algérie pour la fréquentation étrangère et le point névralgique de toute la région; au dire de certains Algériens, il serait classé deuxième après celui d’Alger grâce au trafic des avions d’aides humanitaires, d’organisations non «gouvernementales»  et de l’armée algérienne!

Tindouf: Territoire «ensablé», Sol algérien ou un presque Etat dans l’Etat ?
La région de Tindouf est officiellement un territoire algérien, donc sous la souveraineté de l’Etat algérien, mais aussi un siège de la capitale auto-proclamée éphémère de la RASD (la République arabe saharaoui démocratique) taillée à l’image de la République algérienne populaire et démocratique où les dirigeants algériens ont choisi de domicilier en permanence le Polisario en poste avancé à la frontière marocaine. Une question légitime qui se pose de point de vue de la responsabilité à l’égard du droit international: sol algérien, no man’s land ou Etat dans l’Etat?
En droit international, la souveraineté nationale désigne le caractère indépendant d’un Etat qui n’est soumis à aucune autorité extérieure, qu’il s’agisse d’un autre État ou d’institutions internationales autres que celles qu’il a librement acceptées sur un territoire géographique bien défini.
L’État est une collectivité dont la structure est juridique, qui est délimitée par des frontières territoriales et constituée d’institutions lui assurant un pouvoir suprême (la souveraineté). Cette définition de la souveraineté est loin d’être une réalité sur le terrain de Tindouf !
Tindouf, Bechar, Timimoum et autres territoires historiquement marocains dont le soulèvement en 1962 a été brutalement réprimé par les autorités algériennes, ont été amputés par la France au profit de l’Algérie française. L’Algérie de la régence ottomane dans ses frontières actuelles est un pays qui n’a strictement aucune légitimité historique hormis celle d’être un ancien département d’outre-mer de l’empire colonial français, dont les frontières ont été tracées par la bienveillance du colon . Le principe d’intangibilité des frontières issu de la colonisation est infondé à partir du moment où ses frontières ont été établies en violant la légitimité historique d’Etats séculaires et au détriment des populations et des tribus qui n’ont jamais connu de frontières.
Comment le Maroc s’est-il laissé amputé d’une partie importante de ses territoires orientaux, sous le protectorat français, au profit de l’Algérie? En 1956, la France a essayé de négocier un accord pour fixer les frontières maroco-algériennes ; le Maroc par sa loyauté aux «frères algériens» engagés dans leur lutte et leur combat pour la libération de leur territoire a refusé de s’y soumettre. Dans un esprit fraternel, un premier accord est signé le 6 juillet 1961, par Hassan II et Ferhat Abbas, alors président du G.P.R.A. (Gouvernement provisoire de la République algérienne) concernant le tracé des frontières entre les futurs Etats maghrébins. A l’indépendance de l’Algérie, les nouveaux dirigeants algériens imprégnés par l’idéologie socialiste et communiste affirment clairement des ambitions expansionnistes et un conflit éclate dès 1963 (la guerre des sables) aux frontières maroco-algériennes. Le Maroc a refusé au début de céder ses territoires qu’il revendique comme historiquement les siens. Oufkir, préparant déjà son célèbre putsch, fait des concessions aux dirigeants algériens, dont il attend un soutien pour ses ambitions républicaines. Hassan II, confronté à une certaine gauche marocaine très admirative du modèle étatique et tiers-mondiste algérien, cède une partie du territoire marocain en signant l’accord de Tlemcen du 27 mai 1970. Le coup d’État échoué de juillet 1971 accélère les choses; le Souverain marocain, soucieux de régler d’abord les problèmes internes, accepte le projet de frontière de juin 1972 sans être convaincu. Un accord de délimitation a été signé en 1989, par lequel le Maroc renonce notamment à la région de Tindouf. Ce tracé de frontière arrangé entre les deux parties ne sera publié d’ailleurs au Bulletin officiel marocain qu’en 1992. Cette portion du Sahara oubliée, située au Sud-Est du Maroc, et  attribuée par la France à l’Algérie en 1962, le Maroc et les habitants de cette région la considèrent toujours comme étant historiquement marocaine. En accordant l’indépendance au Maroc et à la Tunisie, la France a tenu à conserver la majeure partie du Sahara pour son département d’outre mer. En1960, Paris avait même songé à donner l’indépendance à l’Algérie sans le Sahara. Si l’indépendance des trois pays du Maghreb avait eu lieu en même temps, le territoire de ce grand désert aurait inévitablement été partagé plus équitablement et il n’y aurait jamais eu de conflit au Sahara.
Ce rappel historique nous ramène au vrai problème frontalier entre le Maroc et l’Algérie car sur le terrain les frontières n’ont jamais véritablement été tracées. Ces frontières avancent et reculent au bon gré des dirigeants algériens et de leur armée. Les postes frontaliers de par et d’autre, ainsi que les habitants de cette région, n’ont pour seuls repères que les arbres parsemés ici et là, les amas de pierres et certaines ruines visibles, mais rien ne partage véritablement les terres des deux pays souverains. La vigilance est de mise, des deux côtés de la frontière supposée, car en cas de conflits sérieux la cartographie n’a pas d’utilité et l’appréciation à vue est préférable. Les mines sont un autre repère non visible entre les deux pays mais aucune carte des champs minés n’est disponible d’un côté comme de l’autre; seule la Minurso avait réussi à déminer quelques couloirs pour ses patrouilles. Ces contestations territoriales n’ont aujourd’hui qu’un caractère superficiel, mais peuvent être réactivées à l’occasion de ce principal litige territorial qu’est le Sahara. Des considérations géopolitiques à plus grande échelle ont compliqué l’affaire de litige entre le Maroc et l’Algérie.

Mohamed SIHADDOU
Ingénieur en Télédétection Aérospatiale Toulouse/FRANCE

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