Triomphe de l’opposition après le report de la présidentielle

Triomphe de l’opposition après le report de la présidentielle

Euphoriques, comme enfiévrés, des centaines de Mauritaniens opposés au putsch du 6 août ont accueilli avec triomphe l’accord de Dakar sur le report de la présidentielle, perçu par ces militants comme «la mise en échec du coup d’Etat».
Un petit vent chaud et sec balaie les visages. Il est 1h00 du matin mercredi et près de 1.500 personnes acclament soudain le vrombissement d’un avion, impatientes de voir surgir les trois délégations mauritaniennes qui ont paraphé, mardi, à Dakar un texte d’accord, après six jours de négociations. Le scrutin présidentiel prévu samedi, que l’opposition boycottait, est reporté au 18 juillet pour permettre la participation de toutes les forces politiques, selon l’annonce faite par le ministre sénégalais des Affaires étrangères, Cheikh Tidiane Gadio, médiateur. Et le texte prévoit la formation avant le 6 juin d’un gouvernement d’union nationale, composé à parité de pro-putsch et d’anti-putsch.Assises à même le goudron, des femmes enveloppées de voiles légers et colorés forment un demi-cercle d’amies. «C’est l’euphorie. On l’a eu, finalement, cet accord! C’est l’échec du coup d’Etat du 6 août, le début d’une nouvelle ère, «inchallah», démocratique…», assure l’une d’elle. «Ce que l’on souhaite, c’est que l’armée ne vienne plus dominer la vie politique: les militaires dans les casernes, pas au palais présidentiel!», insiste cette cadre de 34 ans, baissant les yeux fardés de noir. A peine arrivés de Dakar, les négociateurs du Front national de défense de la démocratie (FNDD), coalition de partis opposés au putsch, sont soulevés de terre par les militants qui crient le nom de «Sidi» en référence au président renversé Sidi Ould Cheikh Abdallahi. «Nous remercions la communauté internationale, et en premier le chef de l’Etat sénégalais (Abdoulaye Wade, médiateur), de nous avoir aidés à dépasser cette crise pacifiquement», lance un membre du Front, Mohamed Moustafa Ould Bedrédine de l’Union des forces du progrès (UFP). «Maintenant, nous donnons rendez-vous à (Mohamed Ould Abdel) Aziz le 18 juillet pour l’abattre démocratiquement!», poursuit-il à l’adresse de l’ex-chef de la junte candidat à la présidentielle. Plus loin, la chanteuse et sénatrice Malouma jubile parmi d’autres militantes du plus grand parti d’opposition, le Rassemblement des forces démocratiques (RFD) d’Ahmed Ould Daddah. «Les forces démocratiques l’ont emporté», assure-t-elle, avant d’entonner «un chant en l’honneur de l’unité nationale». Comme si le coup d’envoi d’une nouvelle campagne venait d’être donné, M. Ould Daddah entre puis sort dans l’aéroport, sous les vivats de ses partisans qui le désignent comme «prochain président».
Un journaliste mauritanien commente anonymement : «Vous voyez, pour les anti-putsch, cet accord est une victoire. Mais les autres, partisans du général Mohamed Ould Abdel Aziz qui s’attendaient à son élection samedi, sont un peu découragés». Massées sous deux palmiers, des femmes scandent des «Aziz!». «Il est le président des pauvres», affirme Fatima Sid Ahmed, 41 ans, reprenant une expression des médias d’Etat. «Aziz a prouvé qu’il est bien le président de toute la Mauritanie car, bien qu’il ait la majorité dans le pays, il a bien voulu écouter la minorité», assure aussi Mohamed Souleymane Bellal, ingénieur de 30 ans.Les anti-putsch, largement majoritaires dans ce rassemblement nocturne, répliquent «Aziz, dictateur!». Comme ils le font depuis août, les deux camps s’invectivent, se défient, sans déchaîner pour autant la violence. «L’essentiel, c’est bien que tout le monde s’exprime», se réjouit un homme en boubou.

Laurence BOUTREUX (AFP)

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