Trois ans du Ramed: A quel prix?

Trois ans du Ramed: A quel prix?

Trois ans après la généralisation du Régime d’assistance médicale Ramed, le bilan est globalement positif selon le ministère de tutelle. A fin février 2015, le nombre de bénéficiaires du Ramed a atteint 8,4 millions de personnes, soit 99% de la population cible estimée à 8,5 millions.

«Nous devrions atteindre un taux de réalisation de 100% au plus tard vers la fin de cette année», a précisé El Houssein Louardi, ministre de la santé, à l’occasion du symposium international organisé vendredi dernier à Rabat autour de la couverture sanitaire. Parmi ces 8,4 millions de bénéficiaires, 84% font partie de la catégorie des pauvres, tandis que les 16% restants sont considérés comme vulnérables. Les milieux urbain et rural sont représentés de manière presque égale, avec respectivement 53 et 47%, tandis que les bénéficiaires se partagent entre 53% de femmes et 47% d’hommes.

Autre chiffre significatif : les détenteurs de la carte Ramed ont bénéficié de 84% des services sanitaires des hôpitaux publics en 2014. Si l’on y ajoute 14% de services fournis aux détenteurs des récépissés du Ramed, on peut conclure que seulement 2% des services sanitaires dans les hôpitaux publics du royaume sont hors système Ramed.

Ce bilan, à première vue positif, est, cependant, à nuancer. Les prestations sanitaires des hôpitaux publics ont un coût, et celui-ci a augmenté de 80% entre 2013 et 2014 pour les détenteurs de cartes Ramed. Cette augmentation a favorisé une hausse globale de 45% des coûts des services sanitaires dans les hôpitaux publics entre 2013 et 2014. Depuis le lancement du Ramed en 2008, les dépenses liées aux services sanitaires dans les hôpitaux publics ont atteint 1 milliard 300 millions de dirhams, dont 750 millions uniquement en 2014.

En plus des crédits annuels alloués au ministère de la santé, le financement du Ramed est assuré par le fonds d’appui à la cohésion sociale qui a offert, au titre de l’exercice budgétaire 2014, 280 millions de dirhams aux CHU, 15 millions de dirhams à l’Agence nationale de l’assurance maladie (ANAM) et 7 millions à l’Institut Pasteur.

L’Etat pourra-t-il supporter les dépenses liées au Ramed encore longtemps? Malgré l’importance donnée au financement du Régime dans la stratégie 2012-2016 du ministère de la santé, la question reste en suspens. «Le plus grand défi auquel doit faire face le Ramed est sa durabilité», a déclaré Louardi, «garantir l’équilibre dans ce sens est une tâche à la fois difficile et complexe, mais pas impossible».

Le ministre a ainsi souligné l’importance d’une réforme des techniques de ciblage, de prise en charge, de financement et de gestion. «Il faudrait généraliser le système de facturation dans les hôpitaux publics. Ceux-ci n’ont aucun système de ce genre, ce qui rend difficile l’estimation du volume réel des services sanitaires et de leur coût», a ajouté le ministre. Le coût réel du Ramed est, en effet, une zone d’ombre, principalement à cause des systèmes de gestion archaïques dans les hôpitaux. «La rationalisation des dépenses liées au Ramed devra passer par la mise en place d’un système informatique complet assurant la gestion de l’ensemble de la procédure», a expliqué Idriss Azami, ministre délégué chargé du budget.
Outre l’absence de chiffre précis concernant les dépenses liées au Ramed, certaines prestations coûtant particulièrement cher accentuent la problématique du financement. Ainsi, l’hospitalisation représenterait environ 36% de l’ensemble des dépenses du Ramed, les explorations externes (consultations) près de 30% et les affections de longue durée (ALD et ALC), 27% alors que celles-ci ne constituent que 12% des prestations fournies dans le cadre du RAMED. Les maladies chroniques représentent, ainsi, un fardeau financier autant pour les citoyens que pour l’Etat. Dans le cas du cancer, le nombre de patients pris en charge dans le cadre du système d’assistance sanitaire a atteint 113.860 en 2014, dont 57% sont des bénéficiaires du RAMED. Cette dernière connaît une augmentation significative ces dernières années, de 40% en 2012, 70% en 2013 puis 72% en 2014.  
 

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