Tunise : libération du journaliste Ben Brik après six mois de détention

Tunise : libération du journaliste Ben Brik après six mois de détention

Le journaliste et opposant tunisien Taoufik Ben Brik a été libéré mardi après six mois d’emprisonnement, une peine à laquelle il avait été condamné pour violence dans un procès qualifié de politique par son entourage et ses soutiens. «Je suis de nouveau libre et je compte aller à Paris avant le 3 mai pour fêter avec mes amis la journée mondiale de la liberté de la presse», a-t-il déclaré à l’AFP peu après sa sortie de la prison de Siliana où il était détenu, à 130 km au nord-ouest de la capitale. «Je vais revoir mes amis, tous ceux qui m’ont soutenu, mon avocat Me (William) Bourdon et mes éditeurs», a-t-il dit, évoquant un ouvrage en préparation sur la prison de Siliana, «la plus sinistre», selon lui. Le journaliste a affirmé qu’il ne renoncerait pas à l’écriture : face à la prison. «Je n’ai que le calame», a-t-il lancé. M. Ben Brik, 50 ans, a purgé l’intégralité de la peine à laquelle il avait été condamné le 26 novembre en première instance et le 30 janvier en appel pour «coups et blessures volontaires, dégradation des biens d’autrui et atteinte aux bonnes mœurs» suite à la plainte d’une Tunisienne. Cette femme d’affaires Rym Nasraoui, 28 ans, l’accuse d’avoir embouti sa voiture et de l’avoir frappée et insultée devant témoins. «C’est une entourloupette, tout le monde le sait», a soutenu le journaliste, auteur d’écrits satiriques ciblant le président tunisien dans les médias français. Ses proches et défenseurs ont régulièrement dénoncé une manipulation destinée à le faire taire. Sa relaxe intervenue à 06h00 (05h00 GMT) a été annoncée à l’AFP par son épouse Azza Zarrad, qui a noté que cette libération n’était «pas un signe de clémence». «C’est une affaire injuste, nous n’avons rien pu faire face à l’oppression et à la complicité internationale», a poursuivi Azza Zarad, qui avait plaidé la cause de son mari au Quai d’Orsay et au Parlement européen à Strasbourg. Taoufik Ben Brik n’est pas publié en Tunisie mais avait fait paraître en France des articles et chroniques hostiles à la réélection du président Zine El Abidine Ben Ali pour un cinquième mandat consécutif de cinq ans. Très médiatisé en France, son procès avait suscité quelques crispations diplomatiques entre Tunis et Paris, où l’avocat français du journaliste a demandé son intervention au président Nicolas Sarkozy. Pour Me Bourdon, Taoufik Ben Brik est «un poète», «plus combatif que jamais», qui a «supporté, alors qu’il est totalement innocent, de faire 6 mois de prison pour rien», a-t-il dit à l’AFP à Paris. A Paris également, l’organisation Reporters sans frontières (RSF) s’est dite soulagée de la libération du journaliste, tout en déplorant une peine injuste. «Nous rappelons que ces six mois de détention étaient six mois de trop, tant il est évident que Taoufik a été victime d’une affaire montée de toutes pièces, payant ainsi le prix de sa liberté de pensée», a écrit le secrétaire général de RSF, Jean-François Julliard, sur le site de l’organisation de défense des journalistes. Le journaliste est apparu bien portant malgré la maladie dégénérative des défenses immunitaires dont il est affecté. Sa famille et ses défenseurs avaient tenté en vain d’obtenir une libération anticipée et dit craindre une prolongation de son incarcération. La libération de Ben Brik avait été évoquée lors d’un déplacement du ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, le 15 avril à l’occasion d’une réunion des pays du pourtour méditerranéen. M. Kouchner avait alors déclaré qu’il avait discuté avec son homologue tunisien Kamel Morjane du dossier des droits de l’Homme en Tunisie, pays qu’il a tenu à féliciter de «ses efforts» en la matière.

  Hamida Ben Salah (AFP)

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