Tunisie : une mission de l’ONU sur les droits de l’Homme

Tunisie : une mission de l’ONU sur les droits de l’Homme

La mission en Tunisie du rapporteur spécial de l’ONU pour la protection des droits de l’Homme dans la lutte antiterroriste, Martin Scheinin, a été saluée, mercredi, comme une avancée par des ONG, jugeant sa démarche «globale» et «équilibrée». Le rapporteur spécial avait relevé, mardi, des «lacunes» et «graves incohérences» entre la loi antiterroriste et la réalité en Tunisie, tout en qualifiant sa mission de «positive». «Le principe même de la mission est déjà un progrès important», a affirmé Mokhtar Trifi, président de la Ligue de défense des droits de l’Homme (LTDH), notant que la dernière visite d’un rapporteur de l’ONU à Tunis remontait à 1999. M. Scheinin «a pu rencontrer toutes les parties, j’en suis satisfait et optimiste», a-t-il dit à l’AFP, en espérant que les recommandations du rapporteur «seront prises en considération». Durant sa mission de cinq jours à l’invitation du gouvernement tunisien, le rapporteur «a eu la liberté d’entendre des interlocuteurs de tous bords et se faire une idée globale», s’est réjoui Zouhair Dhaouadi, président de l’Association de défense des victimes du terrorisme. «Sa mission est une avancée car elle peut contribuer à une prise de conscience internationale sur la menace permanente du terrorisme», a-t-il dit, critiquant l’octroi abusif, selon lui, de l’asile politique en Europe. Au terme de sa visite, le responsable onusien avait noté mardi, que la loi antiterroriste «comporte encore certaines lacunes qui font que dans la majorité des cas de simples intentions sont punies», a-t-il déclaré. Il s’est dit préoccupé d’arrestations postdatées, de recours fréquent aux aveux «en l’absence d’enquête appropriée sur les allégations de torture». Décriée par les défenseurs des droits de l’Homme depuis son entrée en vigueur en 2003, cette loi a été amendée notamment pour le renforcement des garanties liées à la garde à vue, mais elle suscite encore des critiques. M. Scheinin s’est également dit «optimiste» pour des progrès à venir en Tunisie, expliquant qu’il allait soumettre un rapport avec une «quinzaine» de recommandations au Conseil des droits de l’Homme de l’ONU. «Que le gouvernement accepte cette démarche c’est déjà un point positif», a ajouté Me Trifi, dont l’association LTDH a des relations tendues avec le pouvoir.
Son confrère Samir Ben Amor, spécialiste des affaires liées au terrorisme, a affirmé que les appréciations du rapporteur étaient «équilibrées» et allaient «dans le bon sens».
La presse titrai mercredi, sur une mission «résolument positive», le quotidien gouvernemental La Presse mettant en avant «la démarche à piliers multiples pour prévenir le terrorisme par des mesures sociales, d’enseignement et de non-discrimination». M. Scheinin avait en effet salué là «un excellent exemple» à méditer et encouragé la Tunisie à continuer d’investir dans ce domaine, mettant cependant en garde contre des «violations de la loi» pouvant «compromettre ces politiques indéniablement positives». Le rapporteur a rencontré des membres du gouvernement, dont il a tenu à saluer la collaboration et des ONG, dont certaines non autorisées, ainsi que des détenus.
«A bien des égards, les autorités tunisiennes ont agi en toute transparence pendant ma visite», avait-il déclaré. Ainsi M. Scheinin a pu visiter un centre de détention en garde à vue (Bouchoucha) et la prison de Mornaguia, près de Tunis. L’accès à ces lieux est sans précédent pour un observateur étranger en Tunisie, où seul le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) est admis. Mais il n’a été autorisé dans les locaux d’interrogatoire de la police judiciaire.

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