Un amant, une femme et un cadavre

Il l’aimait beaucoup et il l’aime encore. Il n’a jamais pensé à une autre. Tous ses voisins, au douar Ben Saleh, province de Settat savent qu’il n’avait jamais eu de relation qu’avec elle. Il a tapé les portes de tous les membres de sa famille et des notables du douar pour que sa mère accepte qu’il se marie avec Fatiha. Elle avait alors seize ans. Elle n’est pas belle, mais elle n’est pas laide non plus. Personne au douar ne savait les causes pour lesquelles sa mère n’en voulait pas de lui. Les interventions des plus respectueux du douar ont fondu l’iceberg et la mère d’Aziz a dépassé son attitude envers Fatiha comme si elle n’a jamais mis d’écueil devant son avenir. Elle s’est changée complètement ; elle est devenue très heureuse et pleine de joie. Elle a invité presque tous les habitants du douar à la nuit de noces.
Aziz et Fatiha regagnent leur foyer conjugal. Il fait son possible pour qu’elle soit heureuse. Il lui a procuré légalement sa maison et son camion dont il dispose. Les années passent, le couple a donné cinq enfants et les sentiments d’Aziz restent les mêmes que ceux d’un adolescent. C’est un pressentiment et une réalité pour Aziz. Et pour Fatiha ? On ne sait pas, on ignore si vraiment son coeur est une caverne d’amour pour Aziz et ses enfants ou le contraire.
Effectivement personne ne sait quel esprit maléfique la possède ? Elle a noué une relation amoureuse avec un jeune du douar, Ahmed, plus jeune qu’elle de six ans. Il est le frère de sa belle-soeur. Il la rejoint chez elle à chaque fois que le mari est absent. Ils font l’amour sans cesse. Seulement, elle n’est pas satisfaite des heures qu’elle passe avec lui. Elle veut qu’elle soit près d’elle à chaque instant. Une question d’amour ? Hélas !
-Je veux que tu restes près de moi toute ma vie, mon grand amour, exprime-t-elle à Ahmed.
-Mais que dois-je faire, moi aussi je ne supporte plus être loin de toi, lui répond-t-il.
-C’est très simple, je te marie ma fille Samira pour que tu restes près de moi.
Sa fille Samira est encore mineure. Elle n’a pas encore dépassé ses quatorze printemps. Les fiançailles ont été célébrées en attendant que la fille devienne majeure pour se marier. Depuis, Ahmed passe les nuits chez ses beaux-parents. Il occupe une chambre au rez-de-chaussée. En plein sommeil d’Aziz, Fatiha quitte le lit conjugal pour rejoindre celui de l’amant.
Six mois passent. Elle ne veut plus faire l’amour avec son mari, elle invente des prétextes pour ne pas dormir avec lui. Elle le méprise. Ses comportements lui mettent la puce à l’oreille.
Samedi 3 novembre 2001. Aziz entre tard à sa demeure, demande à Fatiha de le rejoindre au lit. Elle refuse. Les échanges d’injures et d’insultes commencent. Ahmed intervient. Les nerfs s’échauffent. Ahmed se jette sur Aziz, le saisit fortement par le cou, l’étouffe. Aziz s’écroule. Fatiha crie en annonçant le décès de son mari.
Le lendemain matin, Fatiha porte les habits du deuil, reçoit les condoléances avec une grande tristesse.
Les cérémonies de funérailles arrivent à leur fin lorsque le chef de la brigade criminelle de la gendarmerie Royale de Settat demande une autopsie du cadavre du défunt. Il porte des égratignures à son cou. Des questions en fleuve écroulent la femme. Elle attend, elle et Ahmed d’être jugés par la Chambre Criminelle près la Cour d’Appel de Settat.

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