Un amour de cheval

Mercredi 20 mars. Il est 20h30. La rue Laghdira L’Hamra, à Beni Mellal est encore bondée. A cette heure-ci, chacun a ses soucis particuliers. Samira, 19 ans, a passé l’après-midi chez une amie. Et elle s’apprête à rentrer chez elle. Elle habite non loin de cette rue qui ingurgite encore les passants par une entrée pour les rejeter par l’autre. Elle arrive près du dispensaire …et elle sursaute en hurlant, ignorant ce qu’il lui arrive. Elle tourne la tête et s’aperçoit de la présence d’une femme vêtue d’une djellaba verte et dissimulant son visage sous un voile noir. Samira la saisit violemment, crie: “C’est elle qui m’a fait ça, c’est elle !…». Les badauds s’attroupent. Le sang coule de sa fesse droite, comme si elle avait été poignardée. «Non je n’ai rien fait!…Ce n’est pas moi qui ai fait ça !…», crie la femme alpaguée par Samira, soutenue par un badaud. Personne ne veut la croire. Quelqu’un s’aperçoit qu’elle veut se débarrasser d’un petit sachet en plastique et d’une seringue. «C’est quoi ça ?…Allez, parle ! Espèce de …», lui demande-t-il, tout en tentant de la gifler. Son ami intervient, l’en empêche. «Appelez la police…ne la frappez pas…», leur demande-t-il. Elle semble connaître cette personne et évite ses regards. Elle ne parle plus, ne clame plus son innocence, elle garde le mutisme, tremblant de peur…Quel hasard et quel destin ! La Protection Civile et la police arrivent.
Samira est évacuée aux urgences et la femme au voile est conduite au commissariat. Le chef de la brigade saisit de la seringue remplie d’un liquide : «Qu’est-ce que c’est?…», lui demande-t-il. La femme ne répond pas. Le chef de la brigade insiste : «Fatim-Zahra…Tu vas nous dire la vérité…Qu’est-ce que c’est ? On doit le savoir pour s’assurer de la santé de Samira…».
«C’est de l’urine…de cheval…», balbutie-t-elle. «Quoi ?…De l’urine ? pourquoi faire ?», l’interroge le chef, devant les yeux hagards de ses éléments.
Fatim-Zahra est une Marrakchie qui a regagné Beni Mellal, le matin de ce jour du 20 mars. Son arrivée n’était pas un simple hasard, mais pour chercher Omar, son ex-mari. Elle a passé plus de deux ans avec lui à Beni Mellal. Seulement les problèmes familiaux ont constitué trop d’écueils pour pouvoir continuer la vie sous un même toit. Le mardi 22 mai 2001, il la répudie.
Fatim-Zahra retourne chez ses parents, avec les bons souvenirs qu’elle a vécus avec Omar.
Les mois passent et l’amour qu’elle lui porte n’a pas changé. Elle espère nuit et jour qu’ils se retrouvent dans un même foyer. Omar n’a pas attendu longtemps pour se remarier. Mais elle continue à l’aimer. Elle ne supporte plus de vivre loin de lui. C’est son premier amant, son premier amour, son premier époux…Elle a tout fait pour le garder. Et elle ne sait pas comment elle a pu le perdre en un clin d’oeil. «Je l’aime encore et j’espère qu’on se retrouvera un jour sous le même toit…», dit-elle à une amie. «C’est très simple…tu dois l’asperger avec de l’urine de cheval afin qu’il se «remarie» au triple galop», lui répond l’amie. Aussitôt dit, aussitôt fait. Fatim-Zahra arrive à se procurer le précieux liquide, qu’elle met dans un bocal. Elle achète une seringue et part vers Beni Mellal. Là, elle arrive chez un cousin. L’après-midi, elle sort de chez son cousin, à la recherche d’Omar dans les lieux qu’il fréquente. Vers dix-neuf heures, elle est à la rue Laghdira L’Hamra; c’est passage pour tous les Mellalis.
Vers vingt heures, elle aperçoit enfin Omar. Elle le suit. Il ne s’en rend pas compte, car elle cache son visage avec un voile. Elle le suit encore pendant un quart d’heure. Lorsqu’elle s’apprête à l’asperger, elle pique, par inadvertance, Samira qui crie. Omar se retourne, se dirige vers l’attroupement de badauds, empêche son ami de la gifler, lui demande d’appeler la police et retourne chez lui. Le lendemain la police se rend chez lui, lui demande de l’accompagner. Stupéfait, Omar demande pour quel motif il est accusé. «Tu n’es pas accusé…On a une femme qui prétend être ton ex-épouse et qu’elle voulait, hier, t’asperger avec de l’urine du cheval…», lui répond l’inspecteur de police.
Omar entre au commissariat, accède au bureau du chef. Une femme vêtue d’une djellaba verte et portant un voile noir est devant lui. «C’est la femme que j’ai vue hier en train de piquer une fille dans la rue avec une seringue remplie d’un liquide…», dit-il avec stupéfaction. La femme dévoile son visage. Omar reste bouche-bée. C’est bien Fatim-Zahra son ex-femme…
Mercredi 24 avril, Fatim-Zahra est devant la Chambre Correctionnelle près le Tribunal de Première Instance de Beni Mellal pour la troisième fois. Mais l’examen de son dossier a été reporté une fois encore en attendant que le laboratoire scientifique national effectue une expertise sur le liquide.

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