Un appât nommé Farida

Un appât nommé Farida

Au volant de sa voiture, il conduisait calmement à destination d’Aït Melloul, province d’Agadir. Ce n’était pas la première fois que cet automobiliste empruntait cette route à heure tardive de la nuit. Il était minuit passé. Mais, il n’avait encore jamais remarqué un auto-stoppeur à cette heure-ci. S’agit-il vraiment d’un être humain, s’est-il demandé. Il a ralenti. Et il n’a pas cru ses yeux quand il est arrivé à la hauteur de l’auto-stoppeur. Il a tout de suite remarqué qu’il s’agissait d’une jeune fille avant d’accélérer. Il n’a pu croire que la personne qui fait l’auto-stop est une jeune fille. Il est inconcevable qu’une fille ose le faire à cette heure de la nuit, a-t-il pensé, en reprenant son chemin alors que l’image de l’auto-stoppeuse lui hantait l’esprit. Il ne s’est arrêté qu’une fois arrivé à la hauteur d’un barrage de gendarmes. Quand l’un d’eux s’est avancé vers lui pour lui demander ses papiers, l’automobiliste l’a avisé qu’une fille faisait de l’auto-stop. Le sixième sens du gendarme s’est éveillé aussitôt pour alerter aussi tôt le centre de la Gendarmerie de la région. Une Jeep avec six gendarmes à bord s’est lancée sur le champ à destination de l’endroit indiqué. La fille est toujours là. Ils l’ont surprise. Elle a tenté de s’enfuir en s’infiltrant entre des arbres. Trop tard. Ils sont arrivés à l’épingler. En avançant, ils ont remarqué une autre personne qui se cachait entre les arbres. Ils l’ont arrêtée. Y aurait-il d’autres complices ? La jeune fille a répondu par l’affirmative. Effectuant une opération de ratissage, les limiers n’ont quitté les lieux qu’après avoir mis hors d’état de nuire deux autres jeunes hommes. La jeune fille et les trois jeunes hommes ont été conduits vers le centre de la gendarmerie pour être soumis aux interrogés. Farida, 18 ans est fille unique, qui habite Inezgane. Après avoir quitté le collège au niveau de la 9ème année de l’enseignement fondamental, elle est restée chez elle jusqu’au décès de sa mère. Quelques mois plus tard, son père s’est remarié et sa belle-mère l’a mise dehors. Sans abri, elle s’est adonnée au plus vieux métier du monde. Au fil des jours, elle s’est amourachée de l’un de ses clients, un repris de justice répondant au nom de Hammou. A 33 ans, il a purgé trois peines d’emprisonnement pour vol. Des peines qui ne l’ont jamais amendé. Pire encore, après chaque emprisonnement il devenait plus professionnel. Quand il a passé la première nuit dans le lit de Farida, il n’a pas hésité à lui demander de devenir sa maîtresse. Elle a accepté puisqu’il répondra affirmativement à chaque fois qu’elle lui demandera de l’argent. Elle commença à l’accompagner chez lui pour boire et faire l’amour. «Tu dois cesser de t’adonner à la prostitution et venir travailler avec moi», lui a-t-il ordonné. Et d’ajouter : «tu n’iras plus chez cette proxénète». Il s’est mis à lui expliqué son nouveau travail. Il consiste à se tenir, à une heure tardive, surtout sur la route reliant Inezgane à Aït Melloul, pour faire de l’auto-stop, en faisant semblant de racoler. Une fois qu’un automobiliste ou un chauffeur de camion s’arrête, Hammou et deux autres complices, Bouchaïb et Abdelkader, sautent sur lui pour lui subtiliser son argent et le délester de tous les objets de valeur. Leurs agressions successives leur ont rapporté gros. Farida a vite assimilée ce qu’on attendait d’elle. Et, depuis, elle est devenue l’objet exclusif de son amant. Farida, son amant et leurs deux complices attendent aujourd’hui leur jugement par la Chambre criminelle près la cour d’appel d’Agadir.

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