Un changement qui tarde à prendre forme: Les handicapés toujours à l’écart

Un changement qui tarde à prendre forme: Les handicapés toujours à l’écart

Hier marquait la célébration de la journée nationale du handicapé, l’occasion de faire le tour de la situation d’une des catégories les plus vulnérables de la société.

Deux dates clés, à une année d’intervalle, ont marqué la question de l’intégration des personnes handicapées au Maroc. En avril 2009, le Royaume ratifiait la convention internationale des droits des personnes handicapées et de son protocole facultatif. Ce texte atteste, de manière claire, que les droits des personnes handicapées sont  une partie indivisible des droits de l’Homme et appelle au respect de la dignité, de l’indépendance, de la non- discrimination, de la participation et du respect de la différence. La Constitution de 2011 a banni toutes les formes de discrimination liées au handicap. L’article 34 oblige les pouvoirs publics à mettre en place des stratégies d’insertion des personnes en situation de handicap, faisant ainsi de l’intégration des handicapés un principe constitutionnel. Le changement se fait-il donc ressentir depuis 2011 ?

En dehors de l’adoption fin 2014 du projet de loi n°97.13 relatif à la protection et la promotion des droits des personnes en situation de handicap par le Conseil des ministres, les mesures concrètes pour changer le quotidien des handicapés se font rares.
Entre 2003 et 2012, le nombre de centres pour handicapés est passé de 5 à 54, tandis que déjà en 2004, le Haut-Commissariat au Plan recensait plus d’un million et demi de handicapés au Maroc. Selon une étude de la Direction des études et des prévisions financières du ministère de l’économie et des finances publiée en fin de semaine dernière, le taux d’encadrement dans ces centres serait de 127 bénéficiaires par encadrant.

Outre leur nombre visiblement insuffisant, ces centres sont répartis de manière très inégale sur les différentes régions du Maroc. Ainsi, l’étude du ministère des finances ne relève aucun centre pour handicapés dans les régions de Chaouia Ouardigha, Oued Dahab-Lagouira et Tadla-Azilal. Les régions de Rabat-Salé-Zemmour-Zaer, l’Oriental et Souss-Massa-Darâa renferment, quant à elles, plus de 50% des établissements, 60% du personnel encadrant et 60% des bénéficiaires.

L’Oriental à lui seul regroupe 9 centres et près du tiers des bénéficiaires et du personnel encadrant. Même topo si l’on considère les coopératives Youssoufia pour paralytiques et les organisations Alaouites pour la protection des aveugles. Leur nombre a connu une stagnation autour de 150 établissements entre 2002 et 2013, tandis que le nombre de bénéficiaires a connu une hausse de 12%. Leur couverture régionale est, elle aussi, largement disproportionnée. La région de Tanger Tétouan centralise, par exemple, plus du quart des établissements sur le territoire national.

La facilitation de l’accès aux établissements spécialisés n’est pas l’unique impératif pour l’inclusion des personnes à besoins spécifiques dans la société, le Conseil national des droits de l’Homme (CNDH) cite une panoplie de mesures dans ce sens. Invitée à la 28ème session du Conseil des droits de l’Homme à Genève (du 2 au 27 mars 2015), Soumia Amrani, représentante du CNDH, a appelé, entre autres, à une réforme du système éducatif.

Parmi ses recommandations, l’inclusion du Braille, du langage des signes et autres moyens de communication au sein de l’école ordinaire, la révision des référentiels de formation initiale et continue des enseignants ou encore la participation des organisations de personnes handicapées et leurs familles aux stratégies et plans d’action des académies régionales de l’éducation. L’employabilité des handicapés et la facilitation de l’accès des personnes à mobilité réduite aux moyens de transport sont, par ailleurs, deux questions de taille attendant une réponse urgente, selon le CNDH. 

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