Un crime horrible pour vingt dirhams

En raison des années consécutives de sécheresse, Hassan B., âgé de vingt-six ans, décide de quitter sa région natale, Aït Attab, dans la province d’Azilal. «L’agriculture et l’élevage ne rapportent plus rien, il faut aller travailler ailleurs», racontent ses amis. Il débarque à Casablanca, où il travaille en tant que maçon dans les chantiers de construction. Après chaque quinzaine, il envoie une modeste somme d’argent à ses parents, au bled. A Casablanca, il habite, avec ses amis, dans une baraque dans un chantier de construction, à Hay El Walaâ, dans la préfecture de Ben M’sik Sidi Othmane. Après le travail, ils se rencontrent et préparent ensemble leur dîner. Et discutent autour d’un verre de thé des problèmes du chantier et des nouvelles du bled. Ils ont créé une atmosphère au sein du groupe et chacun d’eux considère les autres comme ses proches membres de la famille. Chaque soir, à tour de rôle, chacun d’eux est appelé à aller faire les courses à la joutya de Hay Attachrouk, à environ un kilomètre du chantier.
Le samedi 14 septembre, c’est Hassan qui devait aller se procurer les légumes et les fruits dont a besoin le groupe auprès des marchands ambulants. Les autres n’attendent que son arrivée pour préparer la gamelle. Cette dernière est un peu particulière la soirée du samedi. Dimanche étant férié, tout le monde fait la grâce matinée. Hassan a terminé sa mission. Il n’a rien oublié et se dirige vers la baraque pour rejoindre ses amis qui l’attendent impatiemment. Mais le destin a voulu que cette soirée vire au drame. A michemin, un malfrat le surprend. Avec des habits complètement maculés, en état d’ivresse avancé, un couteau à la main, il l’arrête. «Tu me donnes vingt dirhams pour acheter une bouteille de vin», lui aurait-il dit, sur un ton sec. Le jeune maçon ne dispose d’aucun sou. La modeste somme qu’il avait sur lui a été dépensée au «souk». Le malfrat, Z.N., âgé de vingt et un ans, repris de justice, ne veut entendre aucune explication. Je veux avoir vingt dirhams, et point c’est clair», insiste-t-il. Les explications du maçon se heurtent à sourde oreille du malfaiteur qui les considère comme un refus catégorique de sa part.
A ce moment, il le poignarde violemment à la poitrine et prend la poudre d’escampette. La victime court vers la baraque pour aviser ses amis de la mauvaise nouvelle. Le samedi soir se transforme ainsi en samedi noir. Il ne se rend plus compte de la gravité de la blessure et du sang qui coulait tout au long du trajet. A quelques mètres de la baraque, il tombe. Il reste sur place pendant un bon moment. Ses amis l’attendent toujours pour commencer la préparation de la gamelle. Hassan n’arrive toujours pas. Ils sortent pour le chercher. La surprise fut grande. Il le découvre par terre, à côté d’un poteau d’électricité, rue N° 5. Avec difficulté, il arrive à leur expliquer la situation. Ils alertent la police et évacuent leur ami aux urgences de l’hôpital préfectoral de Ben M’sik-Sidi Othmane.
Quelques heures plus tard, il rend l’âme, après avoir donné des indications à la police sur le gangster. Un crime sans indice. Il a eu lieu dans la préfecture de Aïn Sbaâ, et il se termine dans celle de Ben M’sik. Les éléments de la police judiciaire de cette dernière déclenchent une enquête sur ce crime. Les investigations commencent tard dans la nuit. Et le matin, dimanche 15 septembre, l’auteur de ce crime horrible tombe dans les filets de la police. Après l’interrogatoire, il a reconnu les faits, en avouant qu’il avait poignardé la victime parce qu’il avait refusé tout simplement de lui donner les vingt dirhams demandés. Arrêté, il sera incessamment déféré devant la Cour d’Appel de Casablanca pour meurtre, vol, agression et constitution de bande de malfaiteurs.
Lundi, les éléments de la police judiciaire de Ben M’sik, qui ont réussi ce brave coup de filet en moins de vingt-quatre heures, ont procédé à la reconstitution du crime sur place. Quelque quarante policiers ont encerclé la zone du crime. Mais une fois que la scène de la reconstitution a commencé, des centaines de personnes envahissent les lieux en bloquant la circulation sur les routes avoisinantes. Les éléments de la police ont failli être débordés par cette foule et l’on aurait assisté à un crime d’un autre genre.
La zone est constituée d’immeubles, mais surtout de baraques. Un lieu où se rencontrent la malpropreté, sous toutes ses formes, l’anarchie, à son paroxysme, et l’insécurité, notamment la nuit. Un refuge pour les malfaiteurs, les trafiquants de drogue, les repris de justice et les autres marginalisés. Une zone vraiment dangereuse. Et tant que la situation demeure telle qu’elle est maintenant, les crimes, de ce genre, continueront à semer la terreur entre les habitants.

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