Un déséquilibré tue son père

Un déséquilibré tue son père

Qu’est-t-il bien pu arriver à Mustapha ? C’est la question que se posent ses voisins à Derb Moulay Bouchaïb, au quartier Messaoudia, Jamila I, dans la préfecture de Ben M’sik-Sidi Othman. Ce jeune de vingt-sept ans jouissait, jusqu’alors, d’une bonne réputation. Il était souriant, sérieux et serviable, comme l’attestent les gens du quartier. À chaque fois qu’un voisin lui demandait de lui réparer un appareil électrique, il le faisait de bonne grâce une fois de retour de son boulot. Et sans contrepartie. Bref, il était généreux et timide. Pourquoi a-t-il changé complètement? Qu’est-ce qu’il lui est arrivé ?
Personne ne savait au juste, que ce soit ses parents, ses amis, ses collègues, ou ses voisins. Ils ont tous remarqué son changement radical, mais sans en connaître la raison. Les uns parlent de l’effet d’une sorcellerie effectuée par une femme et les autres estiment qu’il s’agit d’un état psychique qui pourrait être remédié en recourant à un psychiatre. Alors que ses parents ignoraient ce qu’il lui est arrivé en un clin d’oeil. En quelques jours, Mustapha se referme sur lui-même, n’adresse plus la parole à personne, ni à ses parents, ni à ses voisins, ne rend plus service à personne. Les yeux hagards, Mustapha se contentait de les regarder sans répondre à leurs questions. Sa situation semblait s’être aggravée, puisqu’il a cessé de se rendre à son travail ; il quittait la maison de temps en temps durant plus d’une semaine pour y retourner dans un état lamentable. Pire encore, une crise de nerfs a commencé à l’attaquer d’une fois à l’autre. Il devient incontrôlable, hors de lui, ressemble à un monstre qui veut tout détruire, aussi bien les objets que les personnes. Que devaient faire ses parents ?
Quand il s’est calmé, ses parents l’ont conduit au centre des maladies psychiatriques de l’hôpital Ibn Rochd. Là-bas, ils lui ont fait une injection pour l’apaiser et ont demandé à ses parents de le ramener chez lui. Ces derniers ont demandé aux responsables du centre de le garder pour le soigner jusqu’à son rétablissement total. Seulement, ils leur auraient expliqué que son état n’était pas encore grave et qu’il ne constituait un danger ni pour sa famille, ni pour ses voisins. Depuis, ses parents endurent le calvaire à cause de ses comportements agressifs contre eux et contre les voisins. Et à chaque fois, ils se contentaient de le conduire vers le centre des maladies psychiatriques au CHU Ibn Rochd pour qu’il reçoive un calmant. Vendredi 8 octobre. Mustapha était chez lui, quand un malentendu a éclaté entre lui et son père. Un malentendu qui avait pour cause les mauvais comportements du fils. D’un mot à l’autre, Mustapha a perdu les pédales. Une crise d’hystérie l’a piqué au point qu’il ne contrôlait plus ses nerfs. Il a commencé à crier, à injurier son père. Perturbé, ce dernier a fait appel à ses neveux pour le soutenir à immobiliser Mustapha. Effectivement, ils l’ont rejoint et sont arrivés à ligoter leur cousin et l’abandonner immobile au seuil de la maison avant de téléphoner à la police. Une fois arrivée, cette dernière a appelé l’ambulance pour l’emmener à l’hôpital. Comme à l’accoutumée, il reçoit un calmant pour retourner chez lui en compagnie de son père et de ses cousins. Seulement, il a disparu par la suite. Ce n’était pas la première fois qu’il disparaissait de chez lui pour réapparaître une dizaine de jours plus tard. Cependant, cette fois-là, la durée de son absence n’a pas été longue. Mercredi 13 octobre, Mustapha est rentré chez lui, au matin. Il s’est adressé à sa mère, lui a dit qu’il regrettait son malentendu avec son père. “Appelle-le, maman, pour que je lui demande pardon“, lui a-t-il demandé. C’est la première fois depuis sa maladie qu’il fait ce genre de demande.
Pourquoi? Certes, elle lui a expliqué que son père lui avait pardonné. Mais Mustapha a insisté. La mère a téléphoné au père, enseignant à l’école Médiouna, cinquante-neuf ans. Ce dernier n’a pas perdu de temps pour les rejoindre. “Est-il une fois encore dans un état de crise ?“, demande-t-il à sa femme une fois arrivé. Elle lui a répondu par la négative et lui a appris que son fils l’attendait dans la chambre. Mustapha l’a accueilli avec un sourire et lui a demandé de s’asseoir.
Ensuite, il s’est levé et s’est avancé vers lui. Sans lui adresser la moindre parole et sans lui laisser le temps de se lever, il a brandi un couteau qu’il dissimulait sous ses vêtements. Il s’est jeté sur lui pour lui donner un premier coup à la partie droite de sa nuque, puis un deuxième au niveau de la partie gauche. Et pourtant le père est arrivé à le repousser violemment avant de se lever en criant, pour tenter de s’enfuir. Mais Mustapha lui a porté un troisième coup au niveau de la poitrine, puis un quatrième au niveau de l’aisselle. Perdant son sang, le père est arrivé à sortir de la maison, pour s’agenouiller et tomber enfin, visage contre terre. Son fils l’a suivi, toujours le couteau à la main. Il a reculé un peu plus loin de la maison et s’est planté pour contempler le corps de son père, baignant dans une mare de sang. Les yeux hagards, Mustapha n’a rien déclaré à la police. Apparemment, au moment de son acte, il n’était pas lui-même.

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