Un dialogue aux abonnés absents

En dépit des grands moyens dont il dispose (quelque 800 ingénieurs, environ 30.000 employés et une technologie de pointe), l’OCP (Office chérifien des phosphates) reste l’un des offices les pauvres du Royaume en termes de rapports sociaux et de dialogue entre employés et direction.
Au vu de certains aspects, il demeure sous-développé et en retard dans le domaine des libertés syndicales, par rapport à des micro-entreprises dotées de budgets dérisoires comparativement à l’Office.
Même l’affichage d’un tableau syndical, qui constitue l’un des droits élémentaires des travailleurs, y fait défaut. Plus grave encore, les mineurs continuent encore à revendiquer l’application d’un décret, adopté en 1961, soit une année après la création de l’OCP, concernant la représentativité des salariés dans le Conseil d’administration.
Conformément à une longue tradition de refus de négociations avec les représentants des travailleurs, particulièrement avec les syndicats, la direction de l’Office ne juge pas nécessaire, selon des dirigeants du Syndicat démocratique des phosphates (SDP), de discuter avec eux.
Dans le cahier revendicatif de ce syndicat, on ne pourrait que s’étonner de voir figurer des points qui relèvent de l’ordre élémentaire du monde de travail, comme c’est le cas pour l’extension du dialogue au plan local et la création des conseils de discipline dans les centres ou au niveau des comités d’entreprises. Des donnes qui indiquent que l’OCP vit encore dans l’âge des segments fermés.
Pour remédier à cette situation, le SDP avait présenté, il y a environ huit mois, une «Charte» devant aboutir à la «négociation collective» et dépasser le stade des réunions formelles et strictement informatives. La charte devrait contenir des engagements relatifs à la reconnaissance des syndicats comme partenaires sociaux, la protection des libertés syndicales, la révision du statut du personnel et la création d’une Commission nationale de dialogue social, composée de la direction et des syndicats les plus représentatifs à l’Office.
Or, jusqu’à présent, cette initiative est restée sans suite. Dans le même ordre de ces démarches, des lettres ont été adressées au ministre du Commerce, de l’Industrie, de l’Energie et des Mines (17 janvier 2001, 27 novembre 2001, 11 décembre 2001, 18 janvier 2002 et 2 mars 2002), et différents contacts téléphoniques ont été effectués avec les représentants du ministère de tutelle. Mais, en vain. De la part des responsables gouvernementaux, l’on fait de «la sourde oreille», selon le syndicat précité, une culture d’action à l’égard des phosphatiers. Après quatre années d’exercice, en dépit des discours appelant au dialogue social, le gouvernement d’alternance, fait remarquer Houcine Kafouni, secrétaire général du SDP, aucune démarche positive n’ait été signalée à cet effet. Un comportement qui aggrave la tension et accentue la crise de confiance entre les différents partenaires sociaux.

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