Un diplomate confiant

Un diplomate confiant

ALM : Quelle évaluation faites-vous de cette session du CDH ?
Omar Hilale : C’est une session qui fera date pour la diplomatie marocaine. Depuis plus d’un quart de siècle, l’Algérie présentait des résolutions répétitives sur le Sahara. Aujourd’hui ce cycle est interrompu. Pourquoi ? Je pense que c’est grâce aux efforts inlassables du Maroc et à la mobilisation de tous. Après le vote de la quatrième commission, il n’était pas évident de maintenir la même majorité. Aujourd’hui, il est clair que la communauté internationale est convaincue du caractère bilatéral de la question. Elle veut un dialogue maroco-algérien et refuse de continuer à se lancer dans des impasses. Le rapport du secrétaire général de l’ONU, en date du mercredi, reflète d’ailleurs ce consensus autour d’une solution politique. Nous notons aussi des prémices de retour à la sagesse du côté algérien. Espérons qu’ils seront confortés à l’avenir pour aboutir à une solution définitive respectant la souveraineté et l’intégrité territoriale du Maroc.

La société civile marocaine a été plus présente que d’habitude, quel impact cela a-t-il eu sur la position du Maroc ?
Je voudrais rendre hommage aux ONG marocaines. Depuis quelques années, elles participent activement aux travaux de la CDH. Les gens, ici, se sont habitués à la visibilité de la société civile marocaine. Elle constitue un excellent relais du travail de la diplomatie marocaine. Tout le monde se rend compte que l’affaire du Sahara concerne l’ensemble du peuple marocain, toute sensibilité confondue. D’ailleurs, grâce aux efforts des uns et des autres, nous remarquons aujourd’hui que des ONG internationales, qui étaient hostiles au Maroc, ont totalement changé d’optique. Cela n’est pas le fruit du hasard, c’est le résultat d’un travail de longue haleine basé sur un discours crédible, une recherche de dialogue constante.

Le Maroc lutte depuis des années auprès du HCR pour le recensement des réfugiés de Tindouf où en est-on ?
Il faut savoir que depuis 1982, chaque année, l’Algérie affirme que les réfugiés sur son sol sont de l’ordre de 165.000 personnes, sans jamais varier. Pour notre part, nous estimons qu’ils ne dépassent pas les 70.000. Le Maroc légaliste, s’engage à accepter le chiffre qui sortirait d’un recensement aux normes internationales. Dans d’autres cas, le recensement se fait de manière bio-métrique, à Tindouf, l’Algérie se refuse à tout recensement sérieux. Grâce à nos efforts, nous avons obtenu un engagement par écrit du HCR selon lequel où un recensement aura lieu, où alors l’Etat hôte devra s’expliquer. Les pays donateurs soutiennent cette demande, parce que les produits adressés aux réfugiés se trouvent sur les marchés et que de toutes les façons, il est anormal d’assurer la protection d’une population sans en connaître le nombre. Cette question n’est pas technique, elle est éminemment politique. En gonflant les chiffres, l’Algérie cherche à donner un contenu à ses chimères de peuple sahraoui. Aujourd’hui, je peux vous annoncer que le HCR s’engage à répondre à nos questions.

Quelles sont vos relations avec le Groupe africain ?
Le fait que le Maroc ne soit plus membre de l’Union africaine ne joue nullement. Nous sommes un membre fort respecté du Groupe africain y compris par des pays hostiles à notre cause nationale. Dans nos discussions, souvent le fait que l’idée d’unité africaine est née au Maroc est rappelé par mes pairs. La diplomatie marocaine, ferme sur les convictions est modérée et refuse le double langage. Cela nous donne une crédibilité auprès de différents groupes, nous jouons le rôle de passerelle pour faciliter les négociations.
Tous les pays africains nous en tiennent gré.

Justement, le Groupe africain n’a pas bien accueilli la proposition de Koffi Aman de créer un conseil des Droits de l’Homme
Le Groupe africain a émis des réticences. Il a d’abord peur que la création d’un tel conseil sépare les droits économiques des droits humains.
La deuxième réticence provient du fait qu’un conseil élitiste signifierait que beaucoup de pays n’auraient plus droit à la participation. Ceci dit, le Groupe prône une réforme de la commission qui a  plusieurs « tares » en particulier son « instrumentalisation" par certains et la complexité de ses  procédures. Le Maroc est à l’aise sur ce dossier, nos acquis démocratiques reconnus par tous, nous rendent éligibles à un éventuel conseil. Notre position est de revendiquer un débat général sur la réforme. Si elle est adoptée, malgré tout, le Maroc n’a rien à en craindre.

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