Un drame ambigu

Mardi 5 mars 2002. La salle d’audience de la Chambre Criminelle auprès de la Cour d’Appel d’El Jadida est archicomble. L’assistance écoute attentivement Mohamed, qui panique et n’arrive pas à se saisir au point que le président de la Cour lui demandait à chaque fois de répondre à haute voix et clairement.
“Il ne devait pas se mêler de cette affaire…Elle n’est ni sa soeur ni sa mère…Elle n’est que la fille de ses employeurs…“ souffle un type de l’assistance à son ami assis près de lui.
“…Il faut dire qu’il ne devait pas réagir ainsi c’est-à-dire arriver à le poignarder…Mais il devait intervenir pour le dissuader de harceler la fille encore une fois, c’est tout à fait humain…On a tous des soeurs qu’on refuse qu’elles soient harcelées par ces garçons sans vergogne…“ lui répond l’autre qui a cessé de converser lorsque le président de la Cour a demandé à l’assistance de se taire pour laisser parler le représentant du ministère public.
Aussitôt Mohamed sent une sorte de courant électrique lui traverser le corps. Il ne concevait pas que son acte soit d’ une telle gravité au point que le représentant du ministère public appelle à une peine maximale, se rapprochant de la peine de mort.
Mohamed n’est pas un jedidi. Il est né en 1975 à Amazmize. À son onzième printemps, il a quitté son village à destination d’Agadir, Tiznit puis Laâyoune. Mais en 1997, il a mis ses pieds dans la capitale économique. Il a senti qu’il est chanceux dans cette ville qui absorbe tout le monde, puisqu’il a trouvé un job chez une famille. Il lui garde la villa, c’est-à-dire, qu’il ne dépense rien durant la journée car il est nourri et logé. Ses employeurs l’emmènent avec eux chaque été à leur cabanon à Sidi Bouzide dont il assure la surveillance durant la nuit.
Vendredi 29 juin 2001, vers vingt et une heures. Mohamed est à son logis lorsqu’il est surpris par Ghizlane qui entre, tremblant de peur, secouée par des sanglots.
“Qu’est ce que tu as Ghizlane ?“ lui demande-t-il. Ghizlane a dix-sept ans, fille de l’employeur de Mohamed. Elle est charmante, séduit tous les jeunes. Séduit-elle également Mohamed ? Peut-être, car lui aussi est un jeune, âgé de vingt-six ans. Mais il ne pouvait pas s’exprimer.
“Hicham m’a harcelé…Il voulait me parler et lorsque j’ai essayé de l’empêcher de m’approcher, il m’a saisi par le bras…“ lui répond-t-elle les larmes aux yeux. Hors de lui, il prend un couteau, sort à la recherche de Hicham. Il le trouve en train de nourrir des chats. Il ne l’appelle même pas et le surprend, par un premier coup dans le dos, puis un deuxième et un troisième et un quatrième coup au niveau de ses côtes et retourne chez lui.
“Qu’est ce que tu as fait Mohamed ? “ lui demande-t-elle toujours en pleurant.
“Je l’ai tué…Je l’ai tué…“ lui répond-t-il.
Ghizlane n’arrive pas à comprendre le mobile de son acte, ni son père. Pour seulement la défendre? Difficile à croire.
Hicham, vingt-quatre ans, élève, fut évacué à l’hôpital Mohammed V dans un état grave, heureusement qu’il s’en est sorti. Ceci poussera Mohamed à penser que la Cour sera clémente envers lui.
“ Mais, je ne l’ai pas tué !“ se dit-il. Il ignore que l’article 114 du code pénal stipule que :“Toute tentative de crime qui a été manifestée par un commencement d’exécution ou par des actes non équivoques tendant directement à le commettre, si elle n’a pas été suspendue ou si elle n’a pas manqué son effet que par des circonstances indépendantes de la volonté de son auteur, est assimilée au crime consommé et réprimée comme tel“. Et il ignore également que“ Nul n’est censé ignorer la loi“. Malheureusement c’est trop tard puisqu’il a déjà tenté de tuer.
“ Mohamed est reconnu coupable pour tentative d’homicide volontaire avec guet-apens et préméditation et même en bénéficiant des circonstances atténuantes, la Cour le condamnera à 20 ans de réclusion criminelle“. Le dossier est clos. Mohamed, désemparé, les larmes aux yeux, quitte la salle d’audience, soutenu par deux policiers.

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