Un échec annoncé

Un échec annoncé

Il a fallu beaucoup d’effort au président du gouvernement espagnol, José Maria Aznar, pour afficher un air de triomphe lors de la conférence de presse qu’il a tenue mardi au terme de sa visite au Maroc. Le chef de l’Exécutif espagnol, qui a dû affronter les représentants des médias en solo après le retrait inexpliqué de son homologue marocain, Driss Jettou, a essayé durant les quelques minutes qu’a duré la rencontre avec les journalistes de transmettre un message rassurant sur le succès de la 6ème réunion de Haut niveau qu’il a coprésidée avec le Premier ministre marocain. Mais, cet air satisfait n’a pas trompé les journalistes présents qui ont immédiatement interprété l’absence de Jettou lors de ce qui devait être le dernier acte de la réunion comme un geste signifiant l’existence d’une déception du côté marocain. En effet, durant les cinq dernières réunions de haut niveau, la tradition de la conférence de presse conjointe a été respectée et rien ne justifierait la rupture de cet usage excepté une volonté de transmettre un message politique. La comparution du chef du gouvernement espagnol seul devant les journalistes n’a d’ailleurs pas été l’unique signe d’échec de la réunion maroco-espagnole que les médias ont remarqué durant la dernière journée de ce sixième sommet. L’audience accordée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI à José Maria Aznar, n’a pas duré plus d’une demi-heure – quarante-cinq minutes, selon les journalistes espagnols dont les chronos ont démarré dès que le président du gouvernement espagnol est entré dans l’enceinte du Palais royal – et le climat était manifestement mesuré. « Une réunion cordiale, mais sans effusions », a commenté un journaliste espagnol. Seuls les ministres de l’Intérieur et des Affaires étrangères et l’ambassadeur du Maroc à Madrid ont assisté à l’audience accordée par le Souverain au chef du gouvernement espagnol. Un détail qui n’a pas échappé aux correspondants des médias internationaux qui se sont déplacés à Marrakech pour couvrir l’événement et qui ont vu dans l’absence de Driss Jettou un autre signe de l’échec de la réunion de ce dernier avec son homologue espagnol. Outre cette analyse basée sur les aspects protocolaires du séjour d’Aznar au Maroc, les conclusions de la réunion parlent d’elles-mêmes. Lors de la cérémonie de clôture qui a eu lieu mardi en début de matinée, les deux parties ne signeront que trois des cinq accords prévus à cette occasion. Ainsi, seuls ont été signés un accord de coopération financière, un accord de conversion en investissement privé de la dette du Maroc envers l’Espagne, selon les conventions du club de Paris, et un accord de conversion de la dette en investissement public. En bref, 390 millions d’euros qui finiront dans les poches espagnoles puisque les trois accords prévoient que seules les entreprises espagnoles bénéficieront des fonds générés par leur application. Les deux conventions dont la signature a été ajournée devant la déception de la délégation espagnole sont ceux relatifs respectivement au rapatriement des mineurs marocains et à la délimitation des frontières maritimes. Deux accords qui devaient être vendus à l’opinion publique espagnole comme un succès politique de la visite de José Maria Aznar au Maroc. Devant ce revers, le ministre espagnol de l’Intérieur, Angel Acebes, a tenté de convaincre les journalistes qui lui ont posé la question sur les raisons de l’ajournement de la signature de la convention sur le rapatriement des mineurs en assurant que les deux gouvernements se sont mis d’accord, et que le report est dû uniquement à des « modifications de dernière heure proposées par la partie marocaine ». S’agissant des grandes questions politiques, la réunion des deux chefs de gouvernements n’a abouti à aucun résultat significatif, notamment en ce qui concerne l’affaire du Sahara marocain. Sur cette question, le président de l’Exécutif espagnol a insisté sur la position espagnole et qui demeure très proche de la thèse séparatiste des polisariens de Tindouf. Il est donc évident que le bilan de la visite est le plus faible parmi les six éditions de la réunions de haut niveau depuis la première tenue en 1992. « C’est un échec notoire car on n’a même pas ratifié le mémorandum sur le rapatriement des mineurs non accompagnés que le gouvernement espagnol s’était chargé de vendre avec une précipitation frappante », a dit la députée socialiste Consuelo Rumi. En somme, la 6ème réunions de haut niveau entre les gouvernements marocain et espagnol est un échec essentiellement dû au fait qu’elle ait été organisée à quelques semaines du retrait politique d’un homme qui hait le Maroc et qui, en plus, n’a rien à perdre politiquement puisqu’il est partant.

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