Un enfant pour une poignée de dirhams

Le constat est grave. Une enquête réalisée auprès de 450 employées de maison a révélé que les trois quarts de ces employées viennent tout droit de la campagne, qu’elles touchent un salaire n’excédant pas le quart du SMIG et que cette maigre somme est encaissée par les parents. Cela va sans parler de l’absence de toute protection sociale.
Dans le milieu rural ou urbain, ils sont là à tendre la main dans la rue, à vendre des petits articles, à essayer de joindre les deux bouts, à lutter chaque jour contre la misère. Après le phénomène des petites bonnes, qui a fait beaucoup de bruit, l’on commence à assister aujourd’hui à de nouvelles formes d’exploitation des enfants. Loin d’aborder les risques de sévices sexuels ou la maltraitance physique d’une manière générale, il s’agit plutôt d’une sorte de « location » des enfants par leurs parents ou tuteurs à des employeurs tous azimuts.
Un abandon ou un débarras à peine masqué. Chez un épicier, un vendeur de sandwichs etc. C’est le cas du petit Jamal, un garçon d’une douzaine d’années qui vivait avec sa famille nombreuse dans un village à proximité de la capitale économique.
«Avant, nous vivions avec mes grands parents à la campagne.» dit-il, visiblement loin de se soucier de sa propre situation. La famille débarque à Casablanca où le père vient de louer une chambre après avoir trouvé un travail comme porteur au Marché de gros. Il est évident que ce genre de boulot ne peut pas faire vivre une famille de huit personnes entassées dans une seule chambre.
La grande soeur de Jamal fut la première à partir. On lui a trouvé un travail de bonne chez une famille au quartier l’Oasis. Dans les parages de ses employeurs se trouve un pompiste qui a besoin d’un enfant pour faire des courses. Uniquement des petites courses. Il sera nourri et logé dans un coin de la station à essence, arrangé pour la circonstance. Les parents de Jamal, l’ont vite désigné comme la personne idéale, surtout qu’ils vont recevoir la somme de 300 dirhams par mois. «Mon père m’a accompagné la première fois. Il m’a promis de revenir me voir souvent, m’a embrassé et m’a laissé chez mon employeur» avoue le petit Jamal. Il n’a jamais été à l’école. Et il n’a jamais été loin de ses parents. Seulement, la tâche qui consistait à faire des courses s’est révélée avec de multiples facettes. Le petit fait bel et bien le travail d’un pompiste. Il est impliqué dans le lavage, le graissage et tout ce qui est en rapport avec la saleté et que les autres employés de la station évitent quand il n’y a pas de bakchich.
Ce n’est que trois mois plus tard que le père vient s’inquiéter de son fils ou plutôt de son salaire. L’enfant n’est plus le même. Il est dans un état lamentable et Dieu seul sait ce qu’il a enduré pendant ces trois mois. Le comble c’est que l’employeur n’en veut plus ! Avant même que le père ne se prononce, il lui fait savoir que son fils est un bon à rien, le paye et lui demande de l’emmener avec lui.
De retour chez ses parents, Jamal croit que sa vie allait reprendre comme avant. Erreur. Deux jours après, il est de nouveau chez un vendeur de beignets. Encore un nouveau calvaire d’un tout aussi maigre apport. Le cas de cet enfant n’est qu’un simple échantillon de ce que vivent les enfants issus de familles démunies. Cela va sans parler des enfants des rues.
Il s’agit d’enfants qui ont leurs parents vivant dans un domicile si vétuste qu’il soit, et soi-disant une protection familiale, puisqu’ils sont sources de revenu. Le père lui- même endure encore plus, car il n’a pas le choix. La sécheresse a anéanti la vie à la campagne comme le désespoir fait fi des sentiments parentaux.
La pauvreté est un cercle vicieux qui devient mortellement affreux avec l’ignorance. La misère est génératrice d’autres fléaux. La pauvreté c’est aussi la famille nombreuse, la maladie, la mortalité infantile.
Souvent, la responsabilité incombe à un seul membre de la famille. Celui qui travaille. Or les moyens décents de survie sont très rares. Mais qu’en est-il si toute la famille est au chômage?

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