Un faux directeur sous les verrous

Il est quadragénaire, bien habillé et bien rasé. Il a garé une Peugeot 206, de couleur blanche, portant le nom d’une société. Sa mallette est dans une main et son portable, dernier cri, dans l’autre. C’était lundi de la première semaine de novembre 2002, vers 10h du matin, à Kenitra. Sa ville natale qu’il n’a pas quittée depuis son enfance. Il y a passé ses études primaires sans arriver à mettre les pieds au secondaire. Il a tenté d’apprendre divers métiers mais en vain. Il n’a pu arriver qu’à pratiquer le mensonge pour mettre des gens dans son panier.
Sa destination, ce jour là, est une agence bancaire de la ville. En entrant, il a repéré, en un clin d’oeil, le bureau du directeur de l’agence et se dirige directement vers lui sans passer par le service d’accueil ni par la secrétaire. Il a frappé à la porte avant d’entrer avec un grand sourire. Le directeur qui se penchait sur l’examen de quelques documents s’est levé pour l’accueillir et lui de demander de s’asseoir.
«Excusez-moi…», lance-t-il au directeur avant de regarder son portable et le mettre sur son oreille.
«Non, non, négocie pas avec eux jusqu’à mon arrivée…Ce n’est pas un simple marché…», dit-il à haute voix, à son interlocuteur. Le directeur a entendu la conversation. Le quadragénaire est rentré au bureau, s’est assis et a ouvert sa mallette. Il en a sorti un document qu’il a livré au directeur. «Je suis (…), directeur général d’une société d’exportation de fraises et d’investissements agricoles installée à la région de Lemnasra, à la périphérie de Kenitra…», affirme-t-il au directeur. «Je suis à votre disposition…», lui répond le directeur avec une grande courtoisie.
Le quadragénaire qui parle couramment français n’a pas hésité à mettre entre les mains du directeur deux chèques bancaires d’une valeur globale de cinq millions de dirhams avant de les récupérer par la suite. Le directeur s’est rassuré, aussitôt, qu’il a affaire à un bon client, sérieux et solvable.
«Je veux juste ouvrir un compte bancaire…», lui demande-t-il sans ajouter un autre mot.
Le directeur lui a demandé sa carte d’identité nationale. Le quadragénaire a rouvert sa mallette et a commencé à fouiller.
«Ah, je suis très préoccupé au point que je ne sais pas où j’ai laissé ma carte…», lui lance-t-il en continuant à fouiller entre les documents.
Gagnant la confiance du directeur, ce dernier lui a ouvert un compte bancaire sans aucune difficulté. Une semaine plus tard, le quadragénaire est retourné chez le directeur de l’agence bancaire, lui a demandé de lui faciliter un crédit de 20 mille dirhams. Ce dernier était généreux avec lui, il lui a accordé le crédit dans un délai record. Il a empoché l’argent avant de rebrousser chemin. La semaine suivante, il est retourné une fois encore à l’agence bancaire pour demander un deuxième crédit de 50 mille dirhams. C’est comme une gifle qui a éveillé le directeur d’un grand sommeil. Il lui a demandé de revenir le lendemain.
Le lendemain matin, le quadragénaire est entré au bureau du directeur de l’agence. Deux hommes lui ont demandé sa carte d’identité nationale. Il n’en avait pas.
«Nous sommes des policiers, accompagne-nous au commissariat de la police…». Il s’est avéré qu’il est récidiviste. Un escroc spécialisé dans l’ouverture des comptes bancaires avec des fausses identités et la dilapidation des chèques en bois.

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