Un faux procureur général

Il est vêtu d’un costume bleu quatre boutons, une chemise bleu ciel, une cravate rayée, des chaussures noires brillant et un téléphone cellulaire dans une main et un cartable neuf marron dans l’autre. Avec une allure sérieuse et ferme, il marche tout droit comme un homme d’affaires. Il entre chez un bijoutier à Safi :
– Bonjour.
– Bonjour, notre boutique est à vous Monsieur, que désirez-vous? lui demande le bijoutier avec un sourire aux lèvres.
Le jeune homme ne sourit pas. Il tourne ses yeux autour de la bijouterie, se dirige vers la vitrine, prend une gourmette en or, l’examine comme un professionnel, se tourne vers le bijoutier et lui demande :
– Je cherche un ceinturon pas aussi cher.
– Oui, oui…Voilà, regardez celui-là.
– Ok…C’est bon, je vais le prendre.
Le bijoutier emballe le ceinturon de quarante mille dirhams. Le jeune homme met sa main dans la poche de sa veste, fait sortir un carnet de chèques, l’ouvre, prend un stylo et le rempli au nom de Lahmidi. Le bijoutier le regarde furtivement. Il le surprend : «Tu n’acceptes pas les chèques ou quoi ?». Le bijoutier lui explique qu’il existe des clients insolvables. Le jeune homme lui décline une carte de travail, portant deux traits diagonaux en rouge et vert et lui confie: «Je suis le procureur général près la Cour d’Appel de Rabat». Perturbé, le bijoutier n’ajouta plus un mot. Le bijoutier reçoit le chèque et livre la marchandise au jeune homme avec une grande joie tout en lui délivrant un reçu au nom de Bouchra. Quelques jours plus tard, le jeune homme regagne Marrakech, se fit passer pour le procureur général près la Cour d’Appel de Marrakech, achète des vêtements d’un prix global de six mille neuf cents dirhams, et délivre un chèque.
Il se rend par la suite à Fès, se fait passer pour le procureur général de Rabat, s’adresse à un bijoutier et achète sept bracelets, une bague pour homme et un ceinturon, tous en or. Il délivre un chèque au nom d’El Idrissi, de quarante mille dirhams. Il regagne Casablanca, se rend chez un bijoutier, lui vend le ceinturon en or à dix-neuf mille huit cents dirhams. Il arrive à Kelaât Sraghna, s’adresse à un marchand de produits électroniques, achète deux paraboles avec ses deux démodulateurs numériques, contre onze mille neuf cents dirhams.
Mercredi 5 décembre 2001, le jeune homme est à El Jadida, se dépêche chez un bijoutier à derb El Hajjar, commence à marchander avec lui à propos du ceinturon en or. Le bijoutier porte des soupçons sur lui, et manifeste des réticences. Le jeune homme s’adresse à un autre bijoutier du même lieu, lui propose l’achat du ceinturon. Le bijoutier reçoit un appel téléphonique.
-Allo, Abderrahman, je suis ton frère Mohamed, ce type qui veut te vendre le ceinturon était déjà chez moi et il m’a mis la puce à l’oreille…J’ai téléphoné à la police…Tu essaies de le retarder.
Des policiers d’El Jadida l’ont bloqué chez le bijoutier et l’ont conduit au commissariat.
«Je me prénomme Saïd, âgé de 36 ans, marié, père de deux enfants, sans profession, je demeure à Casablanca…Après avoir été licencié par une société, j’ai commencé à m’adonner à l’escroquerie, j’ai déjà purgé une peine d’emprisonnement pour escroquerie et usurpation de fonction…J’ai confectionné les cartes de travail des procureurs généraux de Rabat et de Marrackech.», déclare-t-il aux enquêteurs.
Mais d’où as-tu eu les carnets de chèques ? Lui demande le chef de la brigade.
– Je les ai achetés de chez Abdelfettah qui les vole à l’intérieur des voitures, répond-t-il.
Abdelfettah, 4s3ans, marié et père de deux enfants, demeurant à El Jadida a été arrêté.
Saïd et Abdelfettah ont été déférés devant la Chambre Correctionnelle près le Tribunal de Première Instance d’El Jadida. Elle a condamné le premier à cinq ans et le deuxième à quatre ans de prison ferme.

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