« Un gouvernement en crise »

« Un gouvernement en crise »

ALM : Que pensez-vous de la querelle entre certains partis politiques de la majorité, au sujet du poids de chacun au sein du gouvernement?
Saâd Eddine El Othmani : Nous avons affirmé, dès la composition de l’actuel gouvernement, et même chose lors de la formation du gouvernement d’Abderrahman Youssoufi, que le Maroc a besoin d’ouvrir des chantiers de réformes. L’Exécutif devrait être composé d’un minimum de partis politiques pour une homogénéité totale. Hélas, aujourd’hui, le Maroc ne bénéficie pas de ce genre de gouvernement. C’est ce qui explique la lenteur dans l’exécution des actions gouvernementales. Et c’est également ce qui explique l’émergence, au sein même du gouvernement, des contradictions et des antagonismes.
Il est tout à fait normal, dans un gouvernement composé de partis de gauche, de droite et de centre, que ce genre de divergences naissent. Le problème est que ce gouvernement est en train de perdre du temps dans des querelles stériles et passe à côté de ses chances.
Quelles sont ces chances, plus précisément?
Il s’agit des occasions d’appliquer des réformes importantes pour le développement socio-économique du pays. Nous avons des rendez-vous économiques importants, en 2005 et 2010. La mondialisation se prépare. Les réformes ont pris suffisamment de retard. Pourquoi perdre davantage de temps dans des disputes politiciennes? Il est incontestable que le Maroc a besoin d’un gouvernement homogène.
Quand vous parlez d’homogénéité vous semblez omettre l’aspect idéologique. Quels sont, selon vous, les courants politiques qui sont incompatibles au sein d’un même gouvernement marocain?
De manière théorique, on peut facilement dire que deux courants idéologiquement contradictoires, tels que la gauche et la droite, ne doivent pas se retrouver dans un même gouvernement. Mais d’un point de vue, strictement pragmatique, c’est tout à fait différent. Les partis qui forment un gouvernement doivent être capables de se réunir autour d’un seul et même programme politique. En d’autres termes, avant de former un gouvernement, le Premier ministre doit s’assurer que les partis qu’il convoque sont prêts à travailler autour ensemble d’un même projet. Ce préalable n’existe malheureusement pas au Maroc. On forme le gouvernement, puis on discute du programme politique. Le résultat est clair.
Est-ce le début de la fin de la majorité actuelle?
Il est difficile de répondre à cette question. La majorité n’est pas uniquement entre les mains des partis qui la forment. Mais à ce titre, je tiens à faire une remarque qui me semble importante. Les antagonismes actuels au sein de la majorité trouvent leur origine dans les dysfonctionnements internes. Certains partis utilisent les postes ministériels pour satisfaire les besoins et les intérêts de certains membres, et pour mâter une opposition interne, également. Cela va à l’encontre du principe de bonne gouvernance.

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