Un homicide bête et méchant

Un homicide bête et méchant

Dimanche 17 avril, vers 17h 30. À la rue Bilal, près du marché provincial de Sidi Moumen à Casablanca, une fourgonnette de  police vient de s’arrêter. Les marchands, les clients et d’autres riverains qui y passaient ont fixé le véhicule de leurs regards curieux. Ils avaient encore en mémoire les circonstances et les raisons du crime qui a été perpétré au même lieu, le vendredi 15 avril. Ils repensaient, avec amertume, au fait que la victime n’avait pas le moindre malentendu avec son agresseur. Ils ne se connaissaient même pas. Ils regardaient encore la fourgonnette de laquelle sont sortis en premier deux éléments de l’arrondissement de police d’Anassi, puis d’autres.
Les marchands et leurs clients se sont figés à leur place, suivant de leurs regards les policiers qui se sont avancé à l’intérieur du marché et aux environs de la rue Bilal. Cherchaient-ils d’autres mis en cause impliqués dans le crime de vendredi ? Non. Parce que le crime a été commis par une seule personne, sans l’aide de complices. Que faisaient les policiers au marché puisque le mis en causé a été arrêté quelques heures après son crime ? La curiosité des marchands et des clients s’est éveillée. Les policiers qui sont descendus du fourgon, ont encerclé la rue Bilal et le marché. Pourquoi? Les marchands et leurs clients ont dû s’armer de patience pour connaître la réponse. Quelques minutes plus tard, ils ont vu un policier ouvrir la portière du fourgon. Un jeune homme, dans un état lamentable, encadré par trois policiers en tenue civile en sont descendus.
«C’est lui, c’est lui, Ould Taïba», chuchotaient les uns aux autres.
Ould Taïba est le surnom de ce jeune de vingt et un ans, célibataire et sans profession qui marchait lentement, les larmes aux yeux. Il semblait regretter son geste qui lui vaudra au moins une dizaine d’années derrière les murs d’un pénitencier. Marchand ambulant, cet enfant du divorce, qui n’a jamais mis les pieds à l’école, ni dans un centre de formation professionnelle, rêvait d’émigrer clandestinement en Europe.  
Les badauds se sont attroupés autour de lui. Ils regardaient Ould Taïba qui, vendredi, était comme un lion au marché, et qui a maintenant l’air d’une souris.  Mais les policiers les ont dispersés pour que le chef de la brigade leur donne le feu vert pour entamer la reconstitution du crime. Et Ould Taïba, qui était menotté, a commencé à répondre aux questions des policiers tout en reconstituant les étapes et leur donnant plus de détail de son crime. Quel crime a-t-il commis et pourquoi ?
Tout a commencé quelques jours avant le vendredi 15 avril, quand l’un des marchands l’a provoqué. Une provocation que Ould Taïba a considéré comme une humiliation et comme du mépris qu’il n’a pas pu avaler sans réagir. Mais comment ? Devait-il se venger de ce marchand en le maltraitant ou en le liquidant ? Il ne savait quoi faire. Il a décidé d’attendre le moment opportun. Mais il était certain qu’il allait défendre son honneur devant tous les marchands du marché.
Vendredi 15 avril. Oueld Taïba n’avait dans les poches qu’une vingtaine de dirhams. Il s’est rendu à l’hypermarché Marjane, à Aïn Sebaâ. D’un rayon à l’autre, il s’est planté enfin devant celui où sont rangées les bouteilles de boissons alcoolisées. Il a tourné la tête à gauche et à droite. Quand il s’est assuré que personne ne faisait attention à lui,  il a dérobé une bouteille d’un litre de Pastis pour la dissimuler sous ses vêtements sans attirer l’intention de personne. Après quoi, il a pris une bouteille d’un quart de litre de mahia (eau-de-vie) avant de rejoindre la caisse, où il s’est acquitté des vingt dirhams. Et il est parti pour mélanger les deux boissons alcoolisées et commencer à s’enivrer. Deux heures plus tard, il a perdu conscience. Et il a commencé à se souvenir de l’humiliation dont il a été l’objet au marché. « Il faut que tout le monde au marché me craigne, personne ne doit me faire de mal, ni me mépriser», s’est-il dit, avant de quitter sa place. Il marchait en titubant jusqu’au marché. Il s’est arrêté devant un commerce des ustensiles et a pris un couteau. Il a reculé par la suite pour commencer à hurler, à demander à tout le monde de venir se mesurer à lui. Il menaçait le premier et le deuxième, puis le troisième et le énième. Personne n’osait l’approcher. Il avançait vers les gens, qui reculaient, craignant d’être touchés par son couteau. Mais personne n’a pris l’initiative d’alerter la police. Tout à coup, il s’est avancé vers Salah, vingt-deux ans, qui voulait acheter quelque chose. Perturbé, ce dernier a tenté de fuir. Mais en vain. Ould Taïba lui a asséné un coup de couteau. Salah s’est effondré en criant au secours. Ould Taïba s’est avancé vers lui une fois encore, l’a regardé de ses yeux enflammés et lui a lancé en criant : «Tu n’es pas encore mort…C’est moi le plus fort dans ce marché». Et il lui a porté d’autres coups de couteau avant de prendre la poudre d’escampette. Salah a été évacué vers les urgences de l’hôpital Mohammed V, à Hay Mohammedi où il a rendu l’âme suite à ses blessures. Et quatre heures plus tard, Ould Taïba a été arrêté.

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