Un imam pas comme les autres

Un imam pas comme les autres

Ils sont plus de cinquante mille fidèles à se diriger chaque soir à la grande mosquée Hassan II de Casablanca pour faire les prières des Taraouih. Depuis le début du mois sacré de Ramadan, ce monument de l’architecture marocaine connaît une affluence sans précédent des habitants de la métropole qui s’y rendent pour accomplir le devoir sacré. La prière des Taraouih, rappelons-le, est l’une des prières volontaires que le musulman peut accomplir chaque soir, mais qui, au mois de Ramadan, revêt une importance particulière vu l’importance de ce mois en Islam. D’où l’affluence des fidèles au mois de Ramadan vers les mosquées.
Cependant, le degré de cette affluence dans certaines mosquées dépasse de loin les autres. et ce qui se passe à la mosquée Hassan II depuis le début de ce mois sacré est un événement assez particulier. Car, jamais la grande mosquée n’avait atteint le chiffre record de plus de 50 milles fidèles sachant que la salle intérieure a une capacité de 25 milles personnes seulement.
Qu’est-ce qui explique donc cette affluence exceptionnelle vers cette mosquée, ce mois de Ramadan, au point de pousser la ville à mobiliser des effectifs de policiers particulièrement destinés à assurer une meilleure organisation de la circulation dans les environs de la mosquée ?
« C’est le phénomène El Kazabri », commentent les habitants de la ville. En fait, l’explication est simple : « Al Imama » des prières des Taraouih est assurée cette année par le célèbre Imam, Omar El Kazabri. Un jeune érudit du fiqh qui, à 29 ans à peine, jouit d’une renommée internationale en matière de récitation du saint Coran. Jouissant d’une très belle voix et d’une maîtrise exceptionnelle des règles du « Tajwid », le jeune imam a une grande capacité de provoquer l’émotion chez ceux qui l’écoutent en train de réciter les versets du livre saint. Durant la prière des Taraouih dirigées par lui, l’on entend des fidèles pleurer d’émotion. Il arrive même que certains perdent connaissance en pleine prière à cause d’une forte charge émotionnelle provoquée par la récitation d’El Kazabri du Coran.
Originaire de Marrakech, le jeune imam Omar El Kazabri effectua ses études en Arabie saoudite avant de rentrer au Maroc où il s’établira premièrement dans sa ville natale avant de s’installer, en 2002, à Casablanca.
Dans la capitale économique, c’est à la mosquée « Bab Al Rayan » au quartier Oulfa que les habitants de la ville le découvriront. Cette mosquée, qui venait d’être inaugurée, est arrivée en quelques semaines seulement à devenir la destination préférée des fidèles lors de la prière du vendredi.
N’ayant pas une grande capacité d’accueil, la mosquée débordait de croyants qui avaient fini par envahir l’avenue Oum Rabiaa.
Toutefois, le jeune imam n’aura pas que des partisans. Dans les rangs de certains groupuscules intégristes, notamment les Takfiristes, El Kazabri était considéré comme un adversaire. Il sera ainsi harcelé par certains de leurs adeptes et une campagne sera menée contre lui dans une tentative de le faire chasser de la mosquée de « Bab Al Rayan ». El Kazabri résista, soutenu par la majorité des habitants du quartier.
Mais, en mai 2003, quelques jours seulement après les attentats terroristes du 16 mai à Casablanca, il quittera cette mosquée. Certains de ses proches affirmeront qu’il était tellement choqué par l’horreur des attentats qu’il décida de se retirer en silence. Quelques semaines plus tard, l’on apprendra qu’il était reparti à Jeddah en Arabie saoudite où il s’établit jusqu’au début de ce mois de Ramadan où il a réapparu à la mosquée Hassan II. Et depuis que l’information a circulé dans la ville, la mosquée est prise d’assaut par les fidèles.

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