Un mariage «arrêté» par la police

Le 14 septembre, le maire de Valence, Patrick Labaune, député, (UMP), avait refusé de marier Malika El Alami et Hamid Bennaghmouch. Samedi 21 septembre, soit une semaine après, le mariage n’a pas pu avoir lieu, car le fiancé ne s’est pas présenté. Il est menacé de reconduite à la frontière, son visa de tourisme ayant expiré le 10 août. Une centaine de policiers, dont une demi-compagnie de CRS, avaient été mobilisés pour interpeller le marié au cas où il serait venu à la mairie.
Peu après 14H00, la police est intervenue brièvement mais de façon musclée devant un restaurant proche de la mairie. Toute de noir vêtue, et portant un bouquet de fleurs à la main, Malika s’est rendue à l’heure prévue pour le mariage sur la place de la mairie, accompagnée d’un groupe de soutien de quelque 200 personnes. Elle «était allée chercher le marié» au milieu des youyous. Malika a proposé à la foule d’aller ensemble chercher l’élu de son coeur près d’un restaurant proche de la mairie. La jeune femme est entrée dans l’établissement pour en ressortir quelques instants plus tard accompagnée d’un homme portant un masque vénitien.
C’est là où, peu après 14H00, la police est intervenue brièvement mais de façon musclée. Les policiers se sont précipités pour tenter de capturer le fiancé, mais l’homme au visage masqué n’était qu’un leurre qui est parvenu à disparaître dans la foule. La présidente de l’ASTI (association de soutien aux travailleurs immigrés), Odile Favrat, a fait alors des déclarations ambiguës aux médias, parlant tantôt d’une «simulation» devant les forces de police avec un faux marié, et se retranchant à un autre moment derrière la discrétion «nécessaire pour préserver sa sécurité». «Nous avons imaginé ce scénario pour démontrer jusqu’où pouvait aller la police pour empêcher ce mariage» a-t-elle déclaré au correspondant du journal «Le Monde». L’intervention brutale des policiers en civil (sans brassards) et des CRS a fait plusieurs blessés légers, dont un journaliste, tandis que le matériel de deux photographes, également malmenés, a été endommagé. Le député-maire UMP, Patrick Labaune, refuse de marier Hamid Bennaghmouch, 40 ans, employé dans l’industrie chimique au Maroc, avec Malika El Alami, 39 ans, vivant à Valence depuis 12 ans, au motif que le promis est en séjour irrégulier, son visa ayant expiré à la date du mariage. Peu de temps après, le maire de Valence, flanqué de ses adjoints et quelques partisans, chantaient «La Marseillaise» au seuil de l’hôtel de ville, toujours encerclé par les forces de police. «On demande aux Français de payer leur PV, ils ne pourraient pas admettre qu’un Marocain en situation irrégulière puisse se marier : tout le monde doit respecter la loi», a-t-il déclaré. Pourtant, selon «Le Monde», le maire de Valence a été le premier à ne pas respecter la loi qui lui faisait obligation de célébrer ce mariage une semaine plus tôt, alors que le procureur n’avait signalé aucune opposition et avait écarté l’éventualité d’un «mariage blanc». Le préfet de la Drôme, Christian Decharrière, ancien membre du cabinet de l’ex-ministre de l’intérieur, Daniel Vaillant (PS), leur avait alors donné un délai supplémentaire, le temps de consacrer leur union. Furieux, Patrick Labaune avait démissionné avec ses quatorze adjoints. Le préfet était ensuite revenu sur sa décision, invitant M.
Bennaghmouch à quitter immédiatement le territoire, alors que les bans étaient publiés et la date de la cérémonie fixée au samedi 21 septembre. Malika, visiblement affectée, est en pleurs : «On est rabaissés plus bas que la terre, humiliés, je veux seulement me marier, c’est tout, et on dirait que c’est (Maurice) Papon qui vient se marier», expliquait-elle.
Pour sa part, Micheline Libot, militante de l’ASTI et de l’Entraide protestante de France, expliquait : «Je suis ici pour manifester car le refus du maire de prononcer ce mariage est un acte raciste: il ne s’agit pas du tout d’un mariage blanc». L’avocate des deux candidats au mariage, Me Marie Noëlle Fréry, a indiqué qu’elle préparait un référé pour voie de fait contre le maire pour avoir refusé de procéder le 14 septembre un acte qui relevait de sa charge et auquel il ne pouvait s’opposer en droit. «Il a bafoué la justice et l’Etat», a-t-elle dit.
Cette attitude ségrégationniste aurait pu être justifiée lors de la campagne des présidentielles en mai dernier, mais là…. Ce serait exagéré de dire que la France est remplie de gens aimables, ne dit-on pas que quelques pommes pourries arrivent toujours à gâcher la récolte ?

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *