Un noir américain attend d’être exécuté

Le dossier de Mumia Abu-Jamal ressemblerait à celui de beaucoup d’autres condamnés en attente de la mort dans une prison américaine, s’il ne bénéficiait pas, depuis son ouverture, d’un extraordinaire écho médiatique, en particulier en Europe. Entre le 7 et 9 décembre, pour marquer ces deux décennies d’incarcération, des manifestations ont été tenues aux Etats-Unis et dans plusieurs pays d’Europe. Au fil des années, cet ancien militant noir des Black Panthers, né Westley Cook, est en effet devenu l’un des symboles les plus marquants de la lutte contre l’application de la peine capitale aux Etats-Unis. Il est soutenu aussi bien par l’acteur Paul Newman, que par le réalisateur Oliver Stone, l’écrivain Salman Rushdie et l’ancien président d’Afrique du Sud, Nelson Mandela. Ancien journaliste, Mumia Abu-Jamal a été condamné à mort pour avoir tiré sur un policier, le 9 décembre 1981, à 4 heures du matin, dans un faubourg de sa ville natale. Le récit de cette affaire continue à opposer ceux qui le considèrent comme un prisonnier politique, victime du racisme et du système, à ceux qui le perçoivent plutôt comme le meurtrier du policier blanc, Daniel Faulkner. Les premiers rappellent qu’Abu-Jamal, membre d’une famille de six enfants, a été une victime de violences policières à Philadelphie dès l’âge de 14 ans. Son adhésion, un an plus tard, au mouvement radical des Blacks Panthers, puis ses articles critiquant la police, avaient suscité l’intérêt du FBI qui constitua à l’époque un dossier de 700 pages le concernant. Les seconds attribuent le meurtre du policier Faulkner à l’expression finale de la colère d’Abu-Jamal à l’adresse des forces de l’ordre de Philadelphie, aux effectifs alors dominés par les communautés irlandaise et italienne. Des témoignages soutiennent qu’il s’est porté au secours de l’un de ses frères qui se battait dans une ruelle sombre avec Faulkner. Il serait alors descendu du taxi qu’il conduisait, son revolver p-38, avec permis de port d’arme en règle, au poing. Lorsque les premiers policiers arrivent sur le lieu du drame, Faulkner est couché dans son sang, tandis qu’Abu-Jamal est assis sur un trottoir voisin, une balle logée dans la poitrine. Abu-Jamal plaide, depuis, son innocence, affirmant qu’un homme ayant pris la fuite, a tiré sur le policier. Des témoins soutiennent que c’est Abu-Jamal qui a ouvert le feu à trois mètres et à deux reprises sur le policier. En 1999, un certain Arnold Beverly avait avoué à la justice qu’il avait été engagé par la mafia de la ville pour assassiner Faulkner en 1981, parce que ce policier se rapprochait trop dans son enquête de certaines figures du crime organisé. L’exécution d’Abu-Jamal, initialement prévue en Pennsylvanie en décembre 1999 avait été suspendue par une cour fédérale après la demande de ses avocats de tenir compte de ces informations. Son appel est toujours en suspens.

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