Un nouveau scandale à la Trillo

La crise diplomatique avec le Maroc semble être transformée en un élément incontournable de la politique en Espagne. Ainsi, il est de plus en plus évident que la série d’erreurs politiques entamées par l’ex-ministre des affaires étrangères, Josep Piqué, et qui ont été la cause de son départ de ce département, continuent avec le ministre de la défense, Federico Trillo. Ce dernier assure donc le relais de la politique Piqué en adoptant le même style arrogant dans le discours vis-à-vis du Maroc et les mêmes erreurs dans la gestion de son département.
Le dernier scandale en date, provoqué par ce responsable du département de la guerre espagnole, est l’organisation par l’armée espagnole de « fausses manoeuvres militaires de l’OTAN » au large des iles Canaries et à proximité des eaux territoriales marocaines.
L’affaire remonte au début du mois d’octobre dernier, lorsque le ministère de la défense espagnol avait officiellement annoncé que l’OTAN allait organiser à Fuerteventura (Une des îles de l’archipel des îles Canaries) des manoeuvres militaires. Cette opération, appelée « Neotapon 2002 », avait pour objectif, toujours selon la version du gouvernement espagnol, « d’adapter les procédés et les structures du commandement à la nouvelle et variable situation stratégique ».
Les manoeuvres devaient être dirigées par la Force Navale Permanente de l’OTAN dans l’océan atlantique avec la participation d’un porte-avions, trois navires de guerre amphibiens, 48 frégates, 6 sous-marins, 30 avions militaires et 9000 soldats.
Durant les manoeuvres, les autorités écologiques locales de Fuerteventura ont annoncé la découverte de plus de 19 dauphins et autres cétacés gisant sur la côte de l’île. Ces mammifères marins présentaient des signes d’hémorragie cérébrale et d’éclatement des tympans. Vu la gravité de cette situation, le directeur général de la politique environnementale du gouvernement autonome des îles Canaries, Juan Carlos Moreno, avait demandé au chef d’Etat-major de l’armée espagnole dans les îles Canaries la cession immédiate des manoeuvres. Cette demande était basée sur le fait que la mort des cétacés était causée par l’utilisation de « sonars » de basse fréquence ayant une grande puissance et qui auraient provoqué la mort des dauphins.
C’est à ce moment-là que le ministre espagnol de la défense, Federico Trillo, rejaillit sur la scène pour défendre la continuation des manoeuvres. Ainsi, répondant à une question d’un sénateur de l’opposition lors d’une séance de contrôle du gouvernement au Sénat, Trillo annonce que « le gouvernement n’a pas l’intention de renoncer aux manoeuvres de l’OTAN dans les côtes des îles Canaries…car c’est une excellente manière de protéger les intérêts nationaux ». Il réaffirma, ainsi, encore une fois que les manoeuvres militaires étaient réalisées par l’Organisation Transatlantique du Nord.
Or, lorsque les associations écologiques locales ont décidé de saisir les instances officielles de cette organisation, la réponse a fait l’effet d’une bombe : « l’OTAN n’a rien à voir avec l’organisation des manoeuvres militaires dites Neotapon 2002 ». C’est le porte-parole de l’OTAN, Yves Brodeur, qui l’annonça officiellement à Bruxelles devant les journalistes. « il na’est pas exact d’attribuer à l’OTAN la responsabilité de l’organisation de ces manoeuvres », a-t-il dit avant de rajouter : « il a été mentionné que l’OTAN a organisé ces manoeuvres, et je vous affirme que ce n’est pas vrai…l’Alliance n’y est pas impliquée ».
Ce démenti officiel de l’OTAN signifie que les manoeuvres militaires de l’opération « Neotapon 2002 » ont été organisées par l’armée espagnole dans le cadre de sa politique de préparation à un éventuel conflit militaire avec le Maroc dans la région des îles Canaries. Rappelons que, parmi les points de divergence entre le Maroc et l’Espagne, figure l’autorisation octroyée par celle-ci à la société REPSOL de prospection de pétrole dans les eaux territoriales marocaines. Par ailleurs, et en relation avec le même sujet, des informations publiées par la presse espagnole ont fait écho de l’intention de l’armée espagnole d’acquérir des missiles de croisière de type « Taurus » ayant une portée de 400 kilomètres. Ces missiles seront installés dans les avions de chasse F-18 et les « Eurofighter » dernièrement acquis par l’Espagne.
Cette hâte à s’équiper de missiles ayant une aussi longue portée suppose plusieurs questions sur le maintien des équilibres militaires dans la région du détroit de Gibraltar.

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