Un rêve brisé

La salle d’audience de la chambre correctionnelle près le tribunal de première instance d’El Jadida. Le président de tribunal ouvre le dossier n° 5535/2002 et appelle Fatima et Hanane. la seconde est la victime de la première. Elles se mettent dans le box des accusés.
«Fatima, 33 ans, mariée, femme au foyer, tu es accusé pour escroquerie et incitation à la débauche», adresse le président à la première femme.
«Non, M. le président, je suis innocente…», tente-t-elle de se disculper.
Aussitôt le président s’adresse à Hanane : «Et que dis-tu des négations de Fatima, raconte-nous les faits ».
Hanane, 27 ans, n’a pas hésité une seconde et a commencé à relater son histoire avec Fatima. Elle l’a rencontrée un jour au salon de sa soeur, Malika, coiffeuse de son état. D’un mot à l’autre, elle lui fait savoir qu’elle possédait des contrats de travail à l’étranger, surtout aux pays arabes.
« J’ai des relations avec de grandes personnalités qui mettent à ma disposition des contrats de travail…Je dispose maintenant des contrats de travail dans des hôtels en Syrie… », lui dit-elle.
Hanane n’était pas une chômeuse, elle était secrétaire. Mais elle rêvait d’améliorer sa situation matérielle et son niveau de vie. «Je t’offre un contrat de travail (comme hôtesse d’accueil dans un hôtel) contre 20 mille dirhams et 1000 dh pour ma commission… », lui a proposé Fatima.
Hanane n’a pas hésité à accepter la proposition, à condition qu’elle ne lui verse la somme qu’une fois ses pieds dans l’avion. « Ok », répond Fatima.
Deux jours plus tard, Hanane, accompagnée de ses deux soeurs, Khadija et Fatiha, et son beau-frère, Abderrazak, rejoignent Fatima.
«Nous devons aller à Casablanca pour rencontrer deux hommes qui disposent de contrats de travail et leur verser six mille dirhams pour le billet d’avion… », leur demande Fatima.
Ils ont accepté et ils ont pris, aussitôt, le car à destination de Casablanca. Ils ont, effectivement, rencontré Abdelhalime et L’Husseïne. Qui sont-ils ? Personne ne connaît leur vraie identité ni leur adresse.
Fatima ne les contacte que par téléphone et ne les rencontre que dans des cafés. Tout a été arrangé et Hanane s’est trouvé en Syrie devant un certain Abbès. Il l’a accueillie chaleureusement et l’a conduit vers une appartement.
« Tu peux te reposer aujourd’hui. Demain nous partons en Jordanie », lui dit-il avant de verrouiller les fenêtres et la porte de l’appartement et rebrousser chemin.
Le lendemain matin, Abbès lui a demandé de l’accompagner à destination de la Jordanie. Elle a obtempéré. Une fois en Jordanie, Abbès l’a confiée à un certain Malak, propriétaire d’un bar.
«Je dispose d’un bar et tu vas travailler chez moi pour tout faire», lui a expliqué Malak.
«Je n’ai pas compris ce “pour tout faire“…», lui demande-t-elle. «C’est très clair, tu vas servir, danser et dormir avec les clients.», lui précise-t-il.
Quand elle a refusé, il lui a dit : «Il faut savoir que je t’ai acheté à 2 mille dirhams de chez Abbès et je ne te relâcherai qu’une fois mon argent remboursé…»
Hanane lui a remis son collier en or qui ornait son cou pour la libérer et elle a téléphoné à sa soeur qui séjourne en Arabie saoudite. Le Jordanien l’a gardée chez lui quelques jours avant de recevoir une somme d’argent de sa soeur afin de retourner en Syrie et prendre l’avion pour le Maroc. Hanane n’est pas restée les mains croisées. Elle s’est adressée à la police pour déposer une plainte.
Fatima a été arrêtée et condamnée à 3 ans de prison ferme assortie d’une amende de 1500 dh et des dommages et intérêts au profit de Hanane de l’ordre de 4 mille dirhams.

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