Un sac d’embrouilles

Une villa du boulevard Tansift, à Casablanca. Un samedi du mois de septembre. Midi. La cérémonie du mariage de Rachid et Aïcha n’a pas encore débuté. Mais on sert déjà des verres de thé et les gâteaux. Les membres les plus proches des deux familles sont déjà sur place et ils vibrent au rythme de la musique et des chansons Chaâbi.
A 14h, les invités commencent à affluer. L’orchestre installe son matériel. Le va et vient est à leur summum au point qu’on se croirait dans un défilé de mode. A 15h, Rachid, vingt et un ans, avec un smoking blanc et Aïcha, vingt-deux ans, en habit traditionnel de Fès occupent un « Mratba“ (siège des mariés). Et de temps en temps ils s’assoient sur la “Âmmaraya“, élevée sur les épaules de quatre jeunes garçons en habit traditionnel. Les hôtes sont pleins de joie et les youyous fusent de tous côtés.
Quelques minutes plus tard. Les mères des deux jeunes maris, perturbées, ne savent quoi faire.“C’est une catastrophe…“ dit l’une d’elles. Personne ne sait ce qui se passe, ni ce qui est arrivé. Trois personnes vêtues en civil attendent les deux jeunes mariés à la porte de la villa. “Des policiers ?…“ s’interroge Aïcha, avant de perdre connaissance. Les unes l’aspergent d’eau et les autres lui font sentir de l’eau de Cologne. «Madame, nous sommes pressés» , dit l’un des trois policiers à l’une des deux mères.
Aïcha reprend conscience. Elle est conduite avec son mari, au commissariat. Personne ne sait encore la raison.
«Tu sais qu’elle était déjà mariée?,» lui demande le chef de la brigade.
Ébahie, Aïcha garde le mutisme, ne sait pas quoi répondre. Sa mère sursaute de son siège, crie : “C’est du mensonge, chef…“. Rachid reste bouche-bée, ne sait plus qui croire : Aïcha avec laquelle il a établi un acte de mariage en date du 18 août 2001, à sa belle-mère ou à Noureddine, ce jeune homme qui est devant lui et prétend être le mari d’Aïcha. “Mais comment cela est-il possible ?…“, demande Rachid. “…C’est une histoire qui remonte à cinq ans…“ répond le policier. Aïcha avait dix-sept ans. Son oncle est l’époux de la tante de Noureddine, un jeune boucher de Sidi-Slimane, qui avait vingt-huit ans. Il a déjà vu la belle Aïcha. Depuis, il ne pense qu’à elle. Seulement, elle a rejoint sa famille en Allemagne.
Arrivant à l’âge du mariage, Nouredine s’adresse à l’époux de sa tante, qui est en même temps l’oncle d’Aïcha. Il lui parle de son désir de se marier avec sa nièce. “Je vais voir mon frère en lui envoyant une lettre…“ lui répond l’oncle. Effectivement, l’oncle contacte son frère. Celui-ci donne son accord. Et l’opinion de la fille ? Elle n’importe pas pour lui, bien qu’il réside en Allemagne depuis une dizaine d’année, il demeure attaché à ses idées traditionnelles.
L’exemple : il envoie une procuration à son frère lui demandant de se charger de tout ce qui est nécessaire pour l’établissement d’un acte de mariage entre sa fille et Nouredine. Aîcha n’est toujours au courant de rien.
Pire, son père a noté sur l’enveloppe l’adresse de Nouredine et lui demande de remettre la procuration à l’oncle. Comment s’est-il procuré cette adresse ? C’est son frère qui lui a écrit dans la première lettre dans l’intention de le contacter directement. Cependant, Nouredine n’a pas remis la procuration à l’oncle, il l’a gardée chez lui. Pourquoi ? Une question qui est restée sans réponse et dont on ne connaîtra l’explication que deux mois plus tard. Nouredine s’est rendu chez deux Adouls à Sidi Slimane. La procuration est entre ses mains. Ils ont établi un acte de mariage entre Nouredine et Aïcha. Cette dernière n’est toujours au courant de rien. Eelle est encore en Allemagne. Sa mère aussi ne savait rien. Nouredine a gardé l’acte de mariage dans sa poche. Pourquoi n’a-t-il pas remis la procuration à qui de droit ? Personne ne peut juger vraiment des intentions des gens. Et parfois on ignore les raisons pour lesquelles les gens perpètrent un tel acte, un tel comportement. Parfois l’auteur lui-même de l’acte l’ignore. Entre-temps, Aïcha voyage en la Hollande, fait la connaissance de Rachid. Un amour a uni leur coeur. Ils se mettent d’accord pour se marier, non pas en Allemagne, ni en Hollande, mais au Maroc, chez la famille de Rachid. Les jours des cérémonies de noces approchent. Aïcha, sa mère, et quelques membres de sa famille, arrivent à Casablanca. Ils étaient les hôtes de la famille de Rachid.
Apparemment, Noureddine suivait leurs traces. Le matin du jour J, il se précipite au service de permanence de la police, dépose plainte. La police doit faire son travail, arrêter cette mascarade. Elle se dépêche sur la villa.
Les deux maris ont passé la nuit au commissariat, déférés par la suite devant le procureur du Roi à Casablanca. Ils sont libérés. Mais l’affaire n’est pas close. Elle a été mise entre les mains de la justice à Kenitra pour vérifier lequel des actes de mariage est faux. Seulement l’original de l’acte de mariage de Noureddine n’a pas été trouvé. C’est bizarre.
Aïcha et Rachid attendent la fin de l’instruction pour savoir s’ils sont mariés ou pas…

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