Un salon sur fond de crise

Les maîtres mots de cette 40 éme édition du Salon international de l’agriculture sont information et pédagogie. Des efforts impressionnants ont été déployés pour satisfaire les exigences des consommateurs qui demandent, comme l’explique Mr Christian Patria, président du salon international de l’Agriculture, «plus de qualité, de traçabilité, de transparence…» Les différentes crises alimentaires sont passées par là et la reconquête de l’assiette des français passe par ce travail pédagogique dont le salon se veut de plus en plus porteur. De vitrine de l’agriculture française, le salon se transforme en «outil de communication»des organismes institutionnels au risque que les agriculteurs avec leurs manades et leurs troupeaux s’y retrouvent de moins en moins.
C’est pourtant une profession en crise qui accueille cette 40éme édition. Les agriculteurs accusent la grande distribution de «casser les prix» et de «confisquer les marges» et de fait celle-ci semble moins présente sur le salon comparativement aux précédentes années. Le pays doit aussi faire face à une remise en cause des fondements même de sa politique agricole. Le projet de réforme défendu par le commissaire européen Fischler dans le cadre de la révision à mi-parcours de la politique agricole commune (PAC) est bien loin de rassurer les agriculteurs. Dans ses grandes lignes, il prévoit de « découpler » le montant des aides au niveau de production (plus on produit et plus on obtient d’aides).
Ce faisant, il risque de remettre en cause les fondements du système d’aides européennes à l’agriculture dont les agriculteurs français sont les premiers bénéficiaires (en 2001 les français ont touché 22,2 % d’une manne européenne de 42 milliards d’euros). S’entretenant avec des représentants du principal syndicat agricole français dans les allées du hall 1 du salon, Jacques Chirac en a profité pour qualifier l’initiative de «mal-venue et inutile». Mais, ces débats ne sont peut-être rien, eu regard du mal profond qui frappe l’agriculture française et européenne de manière générale : une population qui vieillit et une relève qui ne se présente pas. Aujourd’hui, un agriculteur sur deux a plus de 55 ans dans l’Union européenne, selon des statistiques d’Eurostat. Quand deux agriculteurs partent en retraite, un seul s’installe.
Le métier souffre d’une « mauvaise » image: travail difficile, accaparant, incertain, «mal rémunéré», célibat imposé , etc. De plus, il pâtit de la mauvaise presse que lui font les dénonciateurs de la «mal bouffe» et du productivisme, sans oublier les contrecoups des différentes crises alimentaires qui ont frappé le milieu ces dernières années.
L’engouement médiatique et populaire pour une agriculture biologique, plus saine et moins productiviste accompagne en réalité une transformation profonde du métier dont peu anticipent les conséquences en termes de dépopulation des campagnes, de réduction continue du nombre d’exploitants et de perte de revenus dues à l’arrivée de nouveaux acteurs dans l’agriculture européenne .

• De notre correspondant à Paris Hicham Ouezzani

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