Un soupçon de trahison conduit au double meurtre

«Je regrette ce que j’ai perpétré…Elles se comportaient bien avec moi…Mais c’est moi qui étais cruel, agressif avec tout le monde… », confie Ahmed à l’un de ses compagnons de cellule. Il vient d’être conduit par les policiers depuis le siège de la Cour d’appel, après avoir entendu sa sentence. « Je mérite ce châtiment, je sais bien que je le mérite… », confirme-t-il. Il cherche refuge dans un coin de la cellule et tente de retenir ses larmes. L’un des prisonniers s’approche de lui, lui demande de se calmer, d’obtempérer à son destin.
Ahmed s’est apaisé, regarde ce nouvel ami, lui demande si Dieu le pardonnera le jour de la résurrection. « Oui, bien sûr, la bénédiction du Dieu couvre tous ses fidèles… Prier et demander sa grâce est une bonne chose… », lui conseille-t-il. Personne ne concevait qu’Ahmed serait un jour dans un état de regret. Ce jeune de trente-huit ans ne quittait la prison que pour y retourner. Son dernier relâchement remonte au mois d’avril 2001, après avoir purgé quelques mois d’emprisonnement pour vol qualifié. Il est cruel, méchant, dur, ne craint personne. Quand il a été libéré, il a passé ses premiers jours de liberté à errer dans les rues, à s’enivrer et à se droguer. « Ta femme et ta maîtresse te trahissaient lorsque tu étais en prison», telle est la phrase qui le tourmente d’un jour à l’autre, qui lui hante l’esprit. «Pourquoi se comportaient-elles ainsi ?
Pourquoi portaient-elles atteinte à mon honneur avec mes amis ?» se demande-t-il. Tous les voisins de son quartier n’avaient rien compris du degré d’entente qui s’est installé entre ses deux « partenaires », son épouse et sa maîtresse. C’est la première fois qu’ils remarquent une épouse, sans jalousie, qui accueille l’amante de son époux comme si elle était sa soeur.
Elles aiment Ahmed et ce dernier les aime également. La trahison de son épouse et de son amante lui dévore le coeur, lui brise l’honneur, lui abîme la dignité. « Je ne peux pas les laisser porter atteinte à ma dignité sans châtiment » pense-t-il. Ahmed sort le matin, rencontre quelques amis. La décision est déjà prise et il ne reste que l’exécution. Dans l’après-midi, il commence à se soûler et à se droguer. Vingt-deux heures sonnent. Il entre chez lui, trouve son épouse et son amante l’une à côté de l’autre, s’approche d’elles, les regarde furtivement, sans rien dire. Puis il quitte la chambre, entre dans la cuisine, prend un bâton et se dirige vers elles. Elles ne savent pas quel diable le possède à ce moment. Et comme un chien enragé, il commence à les malmener violemment. Les coups se succèdent sur leurs têtes sans clémence. Quand il s’arrête, Saïda et Meriem deviennent des cadavres sans âme, les crânes fracassés. Le lendemain matin, Ahmed se réveille, tourne sa tête à gauche et à droite, ouvre largement les yeux. Il ne sait pas d’où viennent ces deux cadavres étendus sur le lit. Quelques secondes plus tard, il commence à se souvenir, à faire tourner les images de la veille dans sa mémoire. Perturbé, il quitte la maison, se dirige vers la gare routière, monte dans un car, sans savoir la destination qu’il va prendre.
Quelques heures de route, le car freine. «Terminus, on est à Bni Insar, province du Nador», entend-il. Ahmed descend, commence à s’intégrer à cette région. Mais son portrait-robot a fait le tour des commissariats. La police a été informée de son séjour dans cette ville et a été alertée. Ahmed est arrêté, remis entre les mains de la police judiciaire de Berrechid.
Dimanche 18 novembre 2001, Ahmed, les mains menottées, n’ose pas lever son visage devant les badauds de son quartier quand on l’emmène faire la reconstitution du double crime. «Oui, c’est mon histoire avec mes deux femmes, mon épouse et ma maîtresse…», confie Ahmed à l’un de ses compagnons de cellule. «C’est pourquoi je mérite vraiment cette sentence : la peine de mort».

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