Un soupçon de trahison, un double meurtre

C’est dimanche 18 novembre : jour de week-end et de Fête de l’indépendance. Il coïncide avec le deuxième jour du Ramadan. Dix heures. Les habitants du quartier Hay Hassani à Berrechid, viennent d’entamer leur journée. Les femmes s’apprêtent à sortir de leurs demeures, qui pour aller au marché, qui pour rendre visite à quelqu’un, qui pour faire des courses. C’est leur vie au quotidien comme tous les habitants de la planète. Soudain, ils sont surpris par des policiers qui circulent dans l’une des ruelles et surtout autour de la maison où a été commis, il ya sept mois, un double meurtre. L’information a circulé très vite au quartier. Les badauds s’attroupent autour de la maison. Tout le monde veut voir Ahmed. “Le voilà”, dit l’un à l’autre. Il est tenu par deux inspecteurs de police qui le conduisent vers le fourgon. Ahmed, trente-huit ans, les mains menottées derrière son dos, n’ose pas lever son visage et voir les badauds. Il vient de terminer la reconstitution du double crime. Avril : il venait d’être libéré de prison. Il y a passé quelques mois pour vol. Tous les habitants du quartier le connaissent, le craignent et l’évitent. Il n’est, pour eux, qu’un cruel, méchant, dur, qui ne craint personne. Ils ne remarquent que son mauvais côté sans qu’ils ne se rendent compte qu’il est le fruit d’une société cruelle. Personne n’a essayé un jour d’exhumer le bon côté de son coeur. Hélas! Après sa libération, Ahmed passe ses premiers journées à errer, s’enivrer et se droguer. Il pensait à ce que lui a divulgué un ami : » Ta femme et ton amante te trahissaient lorsque tu étais en prison ». L’une a vingt-huit ans et l’autre en a trente. Elles vivaient dans une entente remarquable, dépo-urvue de jalousie. C’est inimaginable sans doute que deux femmes acceptent de vivre avec un seul homme. Mais c’est la réalité. Ahmed sort le matin, rencontre quelques amis. Une idée satanique germe dans sa tête. Il ne la dévoile à personne. L’après-midi, il se saoule et se drogue. Vers vingt-deux heures, il entre chez lui, trouve son épouse et son amante l’une à côté de l’autre. Il ne leur dit rien, prend un bâton et se dirige vers elles. C’est comme si une bombe a explosé. Les coups s’abattent sur leurs têtes sans clémence. Il s’arrête. Saïda et Meriem deviennent cadavres sans âme, les crânes fracassés. Le lendemain matin, Ahmed se réveille et aperçoit deux cadavres étendus sur le lit. Il ne se souvient de rien. Perturbé, il quitte la maison, se dirige vers la gare routière, monte dans l’un des cars, paie un billet sans connaître sa destination. Quelques heures plus tard, le car freine. Le graisseur hurle : »Terminus, on est à Bni Insar (province du Nador) » . Ahmed commence à s’habituer à cette région. Mais son portrait-robot a fait le tour des commissariats de police. Ahmed est arrêté, mis entre les mains de la police judiciaire de Berrechid. Il attend l’ouverture de son procès.

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