Un violeur dénoncé par sa propre mère

Quand elle a été appelée par le président de la Chambre criminelle, en premier degré, près la Cour d’appel d’El Jadida, Samira a hésité à quitter son siège. C’est sa mère qui l’a encouragée à se lever. Jupe noire et tricot en coton gris, cette fille de dix-sept ans s’est tenue devant la Cour. Les cinq magistrats la scrutaient avec curiosité. Samira, qui n’osait pas les fixer de ses beaux yeux, gardait la tête baissée. Elle n’arrivait même pas à dévisager le mis en cause qui se tenait au boxe des accusés juste à sa droite. Elle semblait vouloir l’éviter du regard. Après s’être enquis de son identité, le président lui a demandé de sortir de la salle d’audiences et d’attendre dans le hall, avant qu’elle ne soit rappelée après l’interrogatoire du mis en cause. Samira a tourné les talons pour sortir. Sa mère a quitté précipitamment son siège pour la suivre. Et le président de la Cour a levé les yeux sur Mohamed pour lui demander de rappeler son identité : «Mohamed, âgé de trente et un ans, sans emploi et sans antécédents judiciaires », a-t-il affirmé avant de se taire pour attendre les questions de la cour.
Le président, qui feuilletait les pages du procès-verbal, lui a rappelé qu’il était poursuivi pour détournement et viol d’une jeune fille.
«Non, Monsieur le président, elle m’a accompagné de son plein gré», a-t-il affirmé à la cour, qui ne semblait guère convaincue de sa sincérité. Pourquoi ? Il a raconté exactement le contraire aux éléments des services de la sûreté provinciale de la police judiciaire d’El Jadida.
«D’abord, ce n’est pas la fille qui a porté plainte contre toi, c’est ta propre mère qui a alerté la police», lui a expliqué le président de la cour, qui lisait le contenu du procès verbal.
Déstabilisé, Mohamed a gardé le mutisme. Le président de la Cour lui a rappelé que le jeudi 10 février, sa mère était allée chez la police pour l’aviser qu’il avait conduit, sous la menace, une jeune fille dans la baraque qu’il occupe sur la terrasse de la maison de ses parents située au quartier Essaâda, à El Jadida. Il lui a rappelé que la police l’avait arrêté le jour même.
Le président, qui lisait toujours le procès-verbal, lui a rappelé qu’après son arrestation, il avait reconnu devant les enquêteurs avoir abordé la jeune fille. Ayant remarqué qu’elle ne semblait pas être dans un état normal, il s’était avancé vers elle pour engager la conversation. D’un mot à l’autre, il l’a obligée sous la menace d’un couteau de monter avec lui à la terrasse. Là, il l’a fait entrer dans sa baraque, où il a abusé d’elle jusqu’à ce qu’elle perde connaissance. En se réveillant, elle s’était rendue compte qu’elle avait été déflorée et avait fondu en larmes. Mohamed l’a chassée de chez lui. La fille n’avait plus donné signe de vie. Ayant su qu’elle était l’objet d’une note de recherche de la police, Samira s’était présentée, accompagnée de sa mère, au 4ème arrondissement de la police.
«Appellez Samira»,  demande le président de la Cour à l’agent de la salle d’audience.
Cinq secondes plus tard, Samira est entrée pour se présenter à la barre, où, après avoir prêté serment, elle a commencé à narrer sa mésaventure. Issue de Sidi Bennour, elle était venue à El Jadida pour poursuivre ses études et habiter dans l’internat d’un lycée de la capitale des Doukkalas. Objet, de temps à autre, a des crises convulsives, elle se rendait à l’hôpital provincial Mohammed V. Au lendemain d’une de ces crises, elle se rendait, le jeudi 10 février dernier, aux urgences de l’hôpital. Sur son chemin, elle a croisé Mohamed qui lui a demandé ce qui lui arrivait. Quand elle lui a décrit son état de santé lamentable, il lui a demandé de l’accompagner chez lui pour qu’il la raccompagne chez ses parents à Sidi Bennour. Croyant à ses paroles, elle est montée avec lui. Elle ne pouvait savoir qu’il occupait seule une baraque sur la terrasse; elle y entrée avec lui. C’est là qu’elle a découvert un monstre qui l’a obligée à obtempérer à ses désirs.
Jugé coupable, il a été condamné à trois ans de prison ferme. Un jugement qui peut paraître relativement clément par rapport au terrible calvaire que Samira a vécu.

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