Une ambiguïté qui accentue la tension

Deux sit-in ont été dispersés récemment à Rabat, suite à des interventions des forces de l’ordre. Dans les deux cas, il s’agit de sit-in devant le Parlement. Un communiqué du Collectif marocain pour le pluralisme culturel et du Collectif marocain pour le droit aux soins et l’accès aux médicaments, signé par une vingtaine d’associations, rapporte que la manifestation du mercredi 28 janvier a eu pour objectif de protester contre « les termes de l’accord de libre-échange qui devra être signé entre le Maroc et les Etats-Unis d’Amérique, notamment son volet réservé à l’atteinte au droit aux soins, à l’accès aux médicaments et à l’identité culturelle nationale ».
Le Communiqué ajoute qu’à cette occasion, Abdelhamid Amine, président de l’AMDH (Association marocaine des droits humains) et « plusieurs autres personnalités ont été violemment malmenées».
D’un autre côté, la police a dispersé dimanche à Rabat un sit-in organisé par quelque 400 marins pêcheurs en chômage.
Le Syndicat national des marins de la pêche hauturière réclamait des compensations financières pour environ un millier de ses adhérents contraints au chômage depuis septembre 2003.
La pêche aux céphalopodes, menacée de surexploitation au large du Maroc, a été interdite à cette date, jusqu’au mois d’avril prochain, pour assurer le « repos biologique » de l’espèce.
Dans une déclaration à la presse, le secrétaire général du Syndicat national des marins de la pêche hauturière au Maroc, Abderrahmane El Yazidi, a annoncé que la dispersion des manifestants « a été violente ». En revanche, des déclarations de responsables d’autorité locales ont mis l’accent sur l’illégalité de ces manifestations non autorisées, qui ne devraient se tenir que suite à des demandes préalables déposées auprès des autorités locales.
Une position estimée non convaincante pour bon nombre d’acteurs agissant dans le domaine des droits de l’Homme, lesquels estiment que l’acquittement à l’encontre des dirigeants de l’AMDH lors d’un procès, qui a eu lieu suite à leurs arrestations, le 10 décembre 2000, à l’occasion de la Journée mondiale des droits de l’Homme, constitue un précédent qui devrait avoir force de loi. Depuis cette date, ajoute en guise de précision un responsable de l’AMDH, toutes les manifestations pacifiques qui ont eu lieu à Rabat, ont été observées en l’absence d’autorisation préalable.
Les incidents du mercredi 28 janvier et dimanche 1er février dérogent à cette coutume et s’inscrivent en porte-à-faux par rapport à la ligne de conduite des autorités locales de Rabat, mais, est-ce à dire que ces mouvements de protestation sont légales et que le verdict de l’an 2000 dispose d’une force de loi ? Il va sans dire que dans ces deux événements, il y a lieu de souligner l’amalgame qui règne encore autour des rapports entre les autorités et les mouvements de contestation. Un même fait est toléré à un moment donné, et est condamné dans d’autres circonstances.

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