Une amitié qui finit dans le sang

Une amitié qui finit dans le sang

Depuis leur tendre enfance, ils étaient les meilleurs amis du monde. Nés la même année, en 1987, dans le même quartier, à Sidi Othman, Casablanca, ils étaient faits pour s’entendre. L’un s’appelle Saïd et l’autre Yassine. Ils ont grandi et ont joué ensemble à la même ruelle et dans le même terrain vague, ont fréquenté la même école et le même collège. Un partage de joie d’enfance, de crise d’adolescence, mais aussi d’échec scolaire puisqu’ils ont également raté leurs études la même année, à savoir le septième année d’enseignement fondamental.
Toujours ensemble, ils n’ont eu d’autre choix que de se retrouver à la rue. Heureusement, leurs parents ne sont pas restés les mains croisées. Ils ont déployé un grand effort pour leur éviter le sort réservé généralement à plusieurs enfants de leur âge : la délinquance. Ils les ont encouragés à s’inscrire dans un centre de formation professionnelle. Seulement, les deux amis et voisins ont, comme d’un commun accord, décidé que telle n’était pas leur vocation.
Au fil du temps, Saïd et Yassine ont commencé à chercher un emploi. D’une porte d’entreprise à l’autre, chacun d’eux a fini par être gagné par le désespoir. A défaut d’un emploi, chacun des deux a commencé à apprendre un métier. Yassine a décidé de se rendre au marché, et de s’adonner à la boucherie. Le métier ne lui est pas très étranger. Il avait l’habitude d’aider son père qui exerçait la même profession. Saïd, pour sa part, et après avoir goûté au chômage pendant plusieurs mois, a fini par trouver un petit emploi au sein d’une société en contrepartie d’un salaire pour le moins dérisoire. Au fur et à mesure que son ami d’enfance avançait dans son nouveau métier, gagnant au passage en autonomie financière, Saïd était systématiquement en mal de boucler ses fins de mois . C’est la raison pour laquelle ce dernier n’hésitait pas à recourir à son ami pour emprunter une somme d’argent. Et à chaque fois, il le remboursait sans problèmes. « Ma mère est malade et j’ai besoin d’une somme d’argent pour pouvoir lui acheter les médicaments dont elle a besoin», demandait Saïd, dernièrement, à son ami, Yassine. Et ce dernier de demander la somme dont son ami a besoin : Quatre mille dirhams. Yassine s’est précipité vers sa demeure pour retourner un quart d’heure plus tard avec la somme réclamée. «Je vais te rendre ton argent au plus tard d’ici un mois et demi», avait promis Saïd. Plus facile à dire qu’à faire. Passé un mois, Saïd n’a pas remboursé qu’une petite partie de la somme empruntée, soit 500 dirhams. Pour le reste, il demande à Yassine d’attendre encore quelque temps, disant qu’il traversait une crise financière. Agissant en «pote», Yassine n’a pas pipé mot. Un autre est passé, et Saïd ne s’était toujours pas acquitté de la somme qu’il devait à Yassine. Sa patience épuisée, Yassine s’est rendu auprès de son ami pour réclamer son dû, disant que lui aussi avait besoin d’argent. «Mais, je ne peux rien à rendre maintenant, il faut attendre une semaine», lui a demandé Saïd. Une semaine devient deux, puis trois, puis quatre. Yassine n’a pas récupéré le moindre sou à part les cinq cents dirhams. Il s’est adressé à maintes reprises à Saïd, réclamant son argent. Mais en vain. Il était 21h quand Yassine a croisé, un jour, son ami Saïd. Il lui a réclamé son argent pour la dernière fois. Saïd s’est mis en colère.
«Je ne te remettrais aucun sou, va te plaindre chez la police si te en as le courage», lui dit-il sur un ton très nerveux. Hors de lui, Yassine lui a asséné aussitôt un coup de poing. Saïd a reculé avant d’avancer comme un taureau pour pousser violemment son ami. Ce dernier est tombé par terre, puis s’est relevé pour mettre Saïd à terre. Celui-ci s’est à son tour relevé et a sorti un couteau. Yassine a tenté de reculer pour éviter un éventuel coup. Seulement, le coup était plus rapide.
Touché à la poitrine, Yassine s’est affaissé. Saïd s’est planté sur place, regardant son ami qui criait et demandait secours. Alertés, les éléments de la protection civile se sont dépêchés sur les lieux et ont transporté Yassine vers les urgences de l’hôpital de Sidi Othman.
Quelques temps après, il a passé de vie à trépas. Les éléments de la brigade urbaine de la police judiciaire de Ben Msik-Sidi Othman se sont rendus, une fois alertés, au lieu de crime. Ils ont trouvé Saïd sur les mêmes lieux, à les attendre. Il a regretté son acte et a déclaré n’avoir pas l’intention de tuer son ami. Il a été traduit devant la Cour d’Appel de Casablanca poursuivi pour coups et blessures ayant entraîné la mort sans l’intention de la donner.

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