Une bande de malfrats «îssawis»

Vendredi 31 janvier 2003. Il est huit heures. Les éléments de la police judiciaire à Fès viennent d’entreprendre leur job, ils interrogent des malfrats, auditionnent des témoins, dressent des procès-verbaux. Tout à coup, la salle de trafic reçoit un coup de téléphone. «Oui, allô ! C’est quoi ? Oui, oui, tout de suite», répond le policier de service à son interlocuteur après avoir noté les informations nécessaires. Aussitôt, il a appelé son supérieur. «Un vol d’un million de dirhams a eu lieu ce matin à l’administration régionale des impôts…», l’alerte-t-il.
Les éléments de la brigade criminelle se sont dépêchés sur les lieux. Les badauds s’attroupent devant le siège où a eu lieu le vol. Les limiers commencent le premier constat d’usage et écoutent les témoins.
Le chef de la brigade note les donnés nécessaires dans son calepin. « Les fonctionnaires de l’administration régionale des impôts étaient en train de mettre les fonds dans une voiture pour les emporter vers la banque du Maroc. Soudain, une Mercedes 240 de couleur blanche vient de se garer près d’elle. La voiture ressemble à celle utilisée dans le transport clandestin. Quatre personnes en sont descendues pour attaquer les fonctionnaires et leur arracher les sacs renfermant les fonds avant de prendre la fuite…», notent les enquêteurs. Ils rebroussent chemin vers le commissariat pour mettre un scénario afin d’élucider cette affaire. «Au moins un fonctionnaire de cette administration se serait mouillé dans cette affaire…», fait remarquer l’un des limiers. «Certes nous devons nous pencher sur les activités, les déplacements et les relations des convoyeurs de fonds qui travaillent pour cette administration», propose un autre.
Les investigations policières vont bon train. Les enquêteurs visent les convoyeurs de fonds. Ils auditionnent, de temps en temps, l’une des personnes qui avaient purgé des peines d’emprisonnement pour vols avec violence. Mais en vain. Deux jours plus tard, les enquêteurs arrivent à tenir le bout d’un fil. «C’est la piste convenable pour notre enquête», remarque le chef de la brigade après avoir interrogé un témoin. Ce dernier lui a donné la description d’un jeune homme qui ressemble à l’un des convoyeurs de fonds. Convoqué, ce dernier a été écouté comme témoin. Ses témoignages ont mis la puce à l’oreille des enquêteurs. Il a été convoqué une seconde fois.
Les contradictions entachent ses déclarations au point que les enquêteurs arrivent enfin à le soupçonner. D’une question à l’autre, il s’est mis à table. Il est l’auteur du hold-up avec la complicité de six autres jeunes hommes. «Certains demeurent au quartier J’nanate et d’autres habitent au douar Benkirane…», avoue-t-il aux enquêteurs. Le transport des fonds l’a fait lorgner les sommes colossales qu’il transportait à la Banque du Maroc. D’où sa décision de s’enrichir par une seule opération. Il s’est alors adressé à ses six amis, âgés entre vingt-quatre et trente ans, membres d’un groupe de ÃŽssawa. Il leur a proposé l’idée.
La tentation du gain facile les a poussés à s’encourager mutuellement. Et puis, il y a la pauvreté qui pousse aussi à l’action illégale. Après deux ou trois rencontres pour l’étude du scénario et ÃŽssawis, guidés par le convoyeur de fonds, sont devenus une bande de malfaiteurs. La somme volée a été saisie et trois des mis en cause ont été présentés à la justice. Les trois autres membres de la bande sont encore en fuite.

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