Une battante aux législatives

Yasmina est venue à la politique grâce à son père, ancien diplomate et dirigeant du Parti de l’Istiqlal. Sa première enfance, elle la vivra loin du pays. Entre Ryad et Beyrouth, où feu Abderrahmane Baddou était en fonction dans la décennie soixante-dix. Mais son engagement istiqlalien est aussi hérité du côté de sa mère, Aïcha Bennani, fille d’un autre istiqlalien mais «proche du Makhzen». Haj Ahmed Bennani a occupé le poste de directeur du protocole au Palais royal lors du règne de feu Sa Majesté Mohammed V. La mère de Yasmina, lettrée, elle aussi s’est engagée au PI, sous l’influence du père. Mais c’est le caractère de Si Abderrahmane qui sera dominant. Yasmina sera trés proche de lui et doublement influencée. Sur le plan professionnel, elle penchera, comme lui, sur une formation de juriste. Les lois de l’hérédité et de la transmission génétique semblent fonctionner dans la famille, sans anomalie. Le «virus» du PI atteindra ses trois filles, âgées respectivement de 18, 15 et 10 ans. Ses deux frères n’ont pas été épargnés, même si l’engagement au sein du parti n’est pas si intense.
Sa première enfance passée au Proche-Orient, elle reviendra à la mère patrie, et fera ses études secondaires au lycée Descartes de Rabat. Avant de faire sa terminale à … Marseille, où elle est allée rejoindre son futur élu du coeur en 1982. Et mariage avec celui qui allait devenir Président de l’Office national de l’eau potable, M. Fassi-Fihri, que l’on dit trés ami avec le wali du Grand Casablanca. Une année de droit à Aix-en-Provence et retour au pays, à l’Université Mohammed V de Rabat, sanctionné par une maîtrise en droit privé en 1986, et un deuxième CES en 1988. Elle n’aura pas le temps de présenter sa thèse, étant tiraillée entre sa famille qu’elle adore et la découverte de la pratique politique, avec son adhésion en 1987 au Parti de Si Allal. Elle décrochera quand même son CAPA, indispensable pour exercer sa fonction d’avocate titulaire au Barreau de Rabat. Avocate d’affaires, elle ouvre, avec son père, un Cabinet dans la capitale.
Son parcours sera ponctué par un passage à la BCM, en tant que directeur-adjoint du département juridique. Mais elle n’avait pas de vocation bancaire, encore moins de salariée. Et la voilà installée à Casablanca, en 1995, pour renouer avec son métier de prédilection, où elle ouvre un Cabinet d’avocat. Yasmina se familiarisera, au fil des ans, avec le droit administratif. Elle est devenue conseillère juridique du wali Benhima et de la CUC.
Cela ne l’empêche pas de s’engager dans la société civile, au sein d’une ONG, Alliance Pro, qui a pour vocation la réflexion et l’orientation en matière culturelle et politique, et dont elle est vice-présidente. Sur le plan politique et partisan, son parcours est simple, sans étapes brûlées en matière de carriérisme politique.
Venue au PI un peu sur le tard, et militante de base, pendant 14 ans, avec un engagement au sein de l’Organisation de la femme istiqlalienne, elle mettra six ans, à Casablanca, pour accéder à une fonction de responsabilité locale. En tant que secrétaire de la section de Casablanca Anfa depuis novembre 2001, elle fera partie, à ce titre, du Conseil provincial de la ville. Ses rapports avec ses camarades du Parti semblent fraternels, une complicité d’entraide et de soutien étant acquise. L’idée d’une promotion politique effleure son esprit, depuis longtemps. Mais la députation a commencé à germer sérieusement ce jour où elle est hissée à la tête de la section casablancaise. Une fois la structure locale prise en main, elle se battra pour la tête de liste. Elle fera partie des 12 candidats (sur 25) à ce poste qui ont dépassé la barre des 50 points exigés par le Comité exécutif du PI. Seulement la bataille finale est restée serrée entre elle et deux autres camarades. Youssef Tahiri, l’ex-ministre de l’Energie et des mines, et Mohamed Rochdi, inspecteur du Parti qui se serait désisté en sa faveur.
Reste que c’est la Direction du Parti qui a tranché en faveur de la militante qui a le vent en poupe. Les mauvaises langues avancent que cette désignation serait due à des interventions et à certaines considérations a-politiques. Ses proches assurent que le «combat» était loyal et que le parti a besoin d’un sang nouveau et d’une nouvelle vision que Yasmina incarne. L’ex-ministre déçu, se comportant en «bon perdant» , se mobilise pour Yasmina.
Mais les soucis de la jeune dame -souvent en pantalon, jamais en jupe et très rarement en djellaba- semblent être ailleurs. Elle regarde l’avenir. La candidature de deux ex-ministres ne la dérange pas. Khalid Alioua est, dit-elle, son dernier souci, alors que Mohamed Saïd Saâdi ne la concurrencerait pas sur l’électorat féminin. Pas plus que le candidat du PJD, Rachid Lemdaouer. A l’initiateur du plan d’intégration de la femme elle reproche une gestion hâtive de la cause féminine. Elle craint un seul autre candidat qu’elle ne voudrait pas nommer. Une question pour 1000 dirhams…
Néophyte dans le domaine des élections, elle va à la pêche avec beaucoup de rêves.
Etre à l’écoute des citoyens, s’impliquer pour construire et avoir le droit de critiquer. Voilà ses slogans du moment. L’emploi et la formation des jeunes et la femme sont ses priorités. Reste que, les rêves doucereux et désintéressés, la réalité de Casablanca Anfa (le PI n’y a aucun député sortant) peut jouer de mauvais tours à cet optimisme rafraîchissant. Il demeure que le Parti de l’Istiqlal a déjà marqué un point positif en présentant trois femmes, dont Yasmine Baddou, comme têtes de listes de circonscription, et sans se contenter de la figure obligée de la liste nationale.

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