Une belle-mère tortionnaire

Nous sommes mardi 1er janvier 2002 ; un jour de repos. Deux heures de l’après-midi. Les clients s’attablent dans un Café au Hay Hassani, à Fès. Certains parlent du réveillon qu’ils ont passé la veille chez un ami ou chez eux. D’autres soulèvent leurs problèmes de la vie quotidienne. Abdelghani distribue ses sourires entre les clients comme sa distribution des verres de café et de thé.
Tous les clients de ce Café le connaissent, l’aiment et savent qu’il a une famille qui habite de l’autre côté du quartier, mais qu’il a abandonnée pour vivre pratiquement dans ce Café.. “C’est mieux que de vivre avec la femme que mon père a épousée…“ dit-il à ses amis du quartier. Il souffrait depuis le remariage de son père, il y a moins de deux ans. Il a décidé de mener sa propre vie hors du foyer paternel, puisque son père n’avait aucune personnalité devant sa nouvelle femme. C’est elle qui gère, guide, ordonne, dépense, empoche l’argent. C’est la maîtresse absolue de la maison à laquelle personne ne doit refuser quoi que ce soit. Abdelghani qui a dix-sept ans s’interroge sur le mutisme observé par son père devant les comportements négatifs de sa femme. Il se souvient de son père, sévère, autoritaire, et quand il donnait un ordre c’était sans recours. Sa première femme, la mère des enfants qui a vécu vingt ans avec lui avant de mourir ne lui a jamais rien reproché, elle le respectait, l’estimait jusqu’à ses dernières secondes sur cette terre. “Elle nous conseillait, moi et mon frère aîné, de ne jamais en vouloir à notre père…C’est illicite disait elle…“ explique Abdelghani à ses amis avec un grand regret. L’un de ses amis lui a expliqué que sa belle-mère, Habiba, qui n’a que vingt-neuf ans aurait ensorcelé son père. “ Pourquoi vous ne dites pas simplement qu’il l’aime…?“ interroge-t-il. “ De quel amour parles-tu…Est-ce de l’amour quand on abandonne des enfants à une tortionnaire ?…“.
Depuis avant-hier, dimanche 30 décembre 2001, Abdelghani paraît très perturbé. Il pense uniquement à son petit frère, âgé de sept ans et à sa petite soeur, Hanane, cinq ans. Ils sont restés tous les deux avec la belle-mère. Ils lui rendaient visite au moins une fois tous les trois jours. Mais cette fois, il ne les a pas vus depuis mardi 25 décembre ; depuis huit jours exactement. “ Je ne sais pas ce qui leur est arrivé…je ne les ai pas vus depuis quelques jours…“ s’inquiète-t-il devant son frère aîné tailleur, qui a abandonné, lui aussi le foyer paternel pour séjourner dans un local aménagé pour la couture traditionnelle. “…je vais voir…ne te préoccupe pas à ce point…“ le calme-t-il. Seulement tout a été renversé pour Abdelghani, ce premier jour de l’année. Il ne peut plus rester bouche cousue, sans réaction.
Comme à l’accoutumée, il répondait aux commandes des clients lorsqu’il s’est rendu compte de la présence de sa soeur Hanane, soutenue par son petit frère. Visiblement elle était dans un état lamentable, son corps présente des taches noires et des ecchymoses. “Mais qu’est ce qu’elle a Hanane…Qui lui a fait cela ?…..“ demande Abdelghani à son petit frère en criant. “C’est Habiba…“ lui répond l’autre en sanglotant. Ce n’est pas la première fois qu’elle les maltraite violemment, les roue des coups de tuyaux, les giflent…devant les yeux du père qui ne réagit pas, n’intervient pas, et se contente de garder seulement le silence.
La dernière fois, jeudi 27 décembre 2001, Hanane était malade, elle ne pouvait pas sortir pour faire les courses. Habiba s’est énervée, l’a maltraitée violemment avec un tuyau au point que Hanane ne pouvaitt plus se tenir debout. Le père n’a rien dit. Hanane est restée sur le lit, souffrante, endurant le calvaire. Chaque fois qu’elle essayait de se rendre chez son frère, Habiba l’empêchait….
Ce jour-là, Habiba est sortie chez une amie.
Le benjamin saisit l’occasion et emmène sa petite soeur chez Abdelghani. Ce dernier n’a pas hésité un moment à alerter la police. Habiba est arrêtée, mise entre les mains de la justice. Hanane est évacuée à l’hôpital Ibn Al Khateb. Mais l’arrestation de Habiba ainsi que les soins administrés à l’hôpital suffisant-ils à cicatriser les blessures que portera à jamais la petite Hanane.

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