Une fin tragique

Même si H’lima est l’aînée de quatre ans de sa sœur Rkia, les deux filles se ressemblent comme de vraies jumelles. Elles vivent dans un douar de la région d’Agadir. C’est là qu’elles sont nées, qu’elles ont grandi et qu’elles se sont mariées. Chacune a son propre foyer, et aucune n’a d’enfants. Le même  amour mutuel qui les unissait durant leur plus tendre enfance, est resté aussi vivace après la mort de leurs parents.
Ce sentiment n’a jamais été terni par quoi que se soit. Et elles ne se sont jamais quittées plus de trois jours. Elles se voient aussi souvent qu’elles le peuvent et se rendent mutuellement visite. La seule différence entre l’une et l’autre est que le mari de Hlima est un propriétaire terrien, alors que celui de Rkia est un salarié agricole. Une différence matérielle qui se ressent sur les comportements.
Le mari de R’kia, Mohamed, est sympathique, pieux, respectueux et ne cherchant jamais querelle. Alors que celui de Hlima, Ahmed, est querelleur, buveur invétéré et frivole. Il ne passe pas une semaine sans violenter sa femme pour le moindre prétexte. Hlima ne cesse de lui demander de s’intéresser un peu plus à elle et de passer quelque temps près d’elle. Ce n’est pas uniquement d’argent qu’a besoin la famille, mais aussi d’amour paternel, lui explique-t-elle de temps à autre. Pour toute réponse, elle reçoit des gifles et des coups de poing. Elle ne trouve refuge qu’auprès de sa sœur, R’kia, qui l’incite à patienter et à préserver son foyer. Elle essaie à chaque fois de la soulager, de lui expliquer que beaucoup de femmes ont des problèmes avec leurs époux et qu’elle endurent pour garder l’unité de la famille.
Par hasard, Ahmed, le mari de Hlima, était chez lui, quand sa belle-sœur, Rkia, rentre. Pour une raison qu’il ignore, elle a attiré son attention. Il la voit avec un regard tout neuf,  comme s’il ne l’avait jamais vue. Pourtant, elle n’est pas plus belle que sa femme, à laquelle elle ressemble beaucoup par ailleurs. Il la fixe tellement qu’elle en rougit de pudeur. Elle se rend compte de la signification de ses regards, de la lueur du désir qui en émane. Hlima ne se rend compte de rien. Au fil des jours, Ahmed commence à rester chez lui. Sa femme, qui en ignore la raison, est ravie de ce changement de comportement. Rkia, également, est heureuse, parce qu’elle est consciente de son objectif. Et elle est prête à y répondre favorablement. Personne ne sait pourquoi au juste.
Il fallait attendre un jour du mois d’avril 1999, quand Ahmed a violenté sa femme. Ce jour-là, il s’est rendu au domicile de sa belle-sœur. Quand il frappe à la porte, c’est Mohamed qui lui ouvre. Après l’avoir salué, Ahmed lui demande de permettre à R’kia de venir passer la nuit chez H’lima. Rkia sort de chez elle et monte dans la voiture d’Ahmed.
A mi-chemin, son beau-frère lui exprime son amour et lui  demande de l’accompagner à Taroudant pour y passer la nuit. Perturbée dans un premier temps, elle hésite. Il insiste et argumente tellement qu’elle finit par céder. Elle ne sait pas pourquoi elle accepte sa proposition. à la réception de l’hôtel, il décline la carte d’identité nationale de sa femme Hlima dont la ressemblance avec Rkia fait réussir le tour de passe-passe. Et ils passent leur première nuit d’amour dans cet hôtel de Taroudant.  D’une rencontre à l’autre, les deux amants passent quatre années ensemble sans attirer l’attention de quiconque.   Au mois de mai dernier, Ahmed et Rkia étaient à bord de la voiture. En cours de route, près de Ch’touka Aït Baha, la voiture entre en collision avec un camion et se renverse. Rkia est tuée sur le coup, alors qu’Ahmed, grièvement blessé, est admis à l’hôpital. Le pot aux roses est découvert. Une fois rétabli, Mohamed est déféré devant la justice pour adultère et complicité.

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