Une greffe qui finit en cauchemar

Une greffe qui finit en cauchemar

C’était un espoir, aujourd’hui, c’est une tragédie. Jamais Bahija Bensghir n’aurait pensé perdre son unique fille, Fatima Zohra Drif, sur une table d’opération en Egypte. Elle se sent comme une mère « orpheline », ce mercredi, en rentrant dans la chambre de sa défunte fille pour la première fois après son décès. Silence, Bahija scrute la chambre et dirige son index vers un ordinateur éteint près de la fenêtre : «Fatima Zohra ne cessait jamais de surfer sur le web. Elle était une pro et … » Non, Bahija ne termine aucune de ses phrases, car la douleur est plus forte. Elle ne peut pas s’empêcher de pleurer, mais cela ne veut pas dire qu’elle s’abandonne au chagrin. Bahija s’associe sur le lit de sa fille et raconte la tragédie qui lui a arraché sa fille qui venait, le 22 novembre, de fêter ses 22ans. « Ma fille suivait des séances de dialyse depuis neuf ans dans un centre d’hémodialyse, ici, à Casablanca.
A chaque fois qu’elle en revenait exténuée, elle me confessait qu’elle ne souhaitait qu’une seule chose : se faire une greffe rénale pour vivre enfin normalement ». Une confession qui allait de jour en jour devenir une obsession pour la jeune fille, mais aussi pour sa maman résolue à s’y soumettre.
Au mois de juin dernier, Bahija rencontre une femme qui lui raconte avoir fait l’expérience de la greffe rénale en Egypte. « Puisqu’il n’y a pas de banque d’organes au Maroc, je me suis trouvée contrainte à suivre cette femme qui m’a dit beaucoup de bien d’un centre d’hémodialyse au Caire. Pour moi, c’est ma fille qui importait le plus et non les moyens », confie Bahija. L’instinct maternel est immuable. Bahija prend donc contact avec le néphrologue égyptien dont elle a entendu parler.
Ce dernier lui demande une grosse avance en liquide avant d’entamer les analyses de compatibilité : « Il m’a dit qu’il lui fallait 10. 000 euros pour cette première étape, mais je n’ai pu lui procurer qu’une toute petite partie par virement bancaire. Et depuis je n’ai cessé de l’appeler pour avoir des nouvelles ». C’est à la fin du mois de Ramadan que ce médecin lui demande de venir en Egypte en lui affirmant qu’il avait trouvé un donneur compatible. Pas de temps à perdre, Bahija et Fatima Zohra se présentent au «Centre Egypte 2000».
La date de l’opération a été fixée pour le 9 novembre. «J’avais très peur au moment de l’opération», avoue Bahija qui n’aurait pas imaginé une seule seconde ce qui allait suivre: un cauchemar ! Le coût de la greffe du rein droit s’est élevé à 45.000 euros, mais Fatima Zohra n’allait toujours pas bien. Sa santé laissait à désirer, comme nous le raconte sa mère : «elle souffrait le martyre et devait prendre une vingtaine de médicaments par jour de 6 h à 1 h du matin.» Rien ne s’arrange : fièvre et vomissements, puis frissonnement, un rythme cardiaque de plus en plus faible.
Le médecin qui l’avait opérée refusait toujours de venir la voir. «Il me demandait de lui envoyer des SMS si j’avais des questions à lui poser et il me répondait de la même manière en me donnant des indications sur les doses de médicaments», affirme Bahija. Sa petite fille mourrait devant ses yeux et elle ne pouvait rien. Bahija a dû menacer le médecin de le dénoncer à la police pour qu’il se présente enfin. Le 5 décembre, Fatima Zohra est de nouveau sur la table des opérations, mais, cette fois-ci, dans une clinique, car Bahija refuse de revenir au centre qui manquait, selon elle, d’équipements.
C’est le médecin en question qui l’y emmène par sa propre voiture. Fatima Zohra subit donc une seconde opération. «Un des trois médecins présents m’a expliqué qu’elle avait une hémorragie due à une lésion artérielle rénale et que son ventre était rempli de sang. Il m’a assurée que ma fille avait été sauvée», affirme la maman. Fatima Zohra allait mieux, mais ce ne sera que provisoire. La jeune fille souffre et encore plus. «Le médecin ne m’avait pas dit toute la vérité sur l’opération.
En fait, le néphrologue qui avait effectué la greffe lui a enlevé le rein qu’il lui avait transplanté par ce qu’il s’est avéré incompatible !» s’indigne Bahija en colère. Fatima Zohra devait reprendre ses séances d’hémodialyse et souffrir encore et encore. Elle a dû subir une troisième intervention chirurgicale en raison d’un microbe détecté dans le sang. «Les médecins m’ont prévenue que ma fille allait perdre l’usage d’une jambe. C’était une condition pour que le microbe soit circonscrit. Je n’avais pas le choix, je ne voulais qu’une seule chose : la revoir en bonne santé», confie la mère brisée. Le 17 décembre sera la dernière journée où Bahija verra sa fille vivante sur le lit d’hôpital. Fatima Zohra n’a pas parlé, elle a juste bougé ses yeux comme pour lancer un SOS. Elle était en train d’agoniser devant sa mère qui est restée près d’elle. «Je ne suis sortie qu’une heure ce dimanche-là et à mon retour, elle n’était plus là», raconte la mère retenant difficilement ses larmes. Fatima Zohra est morte le lundi 18 décembre à 5 h du matin. Bahija est choquée, son espoir de voir sa fille en meilleure forme ne s’est pas réalisé. Maintenant, elle a décidé de se battre pour que d’autres personnes ne soient pas victimes du même sort : la négligence médicale, l’inexistence d’une banque de don d’organes au Maroc qui pousse plusieurs à se jeter dans les bras de trafiquants d’organes dont l’unique souci reste l’argent. Ce combat, Bahija l’a déjà entamé en portant plainte contre le médecin égyptien. Elle devra se déplacer mardi ou mercredi prochain au Caire pour entamer la procédure auprès d’un avocat égyptien. Le combat sera long, mais Bahija compte aller jusqu’au bout !

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