Une loi sans courage

Une loi sans courage

Aucun lien entre le discours et la réalité, aucune allusion à l’assurance-maladie obligatoire. Sous couvert de loi de finances, les prérogatives du Parlement sont, de nouveau, confisquées. Telles sont, en somme, les principaux reproches qu’ont formulés les représentants de l’UC, du PND et du PJD à l’égard du projet de Loi de Finances 2004. Une réaction qui en dit long sur les manquements qu’accuse ce projet. Un projet qui, à peine déposé au Parlement, commence d’ores et déjà à faire parler de lui…en mal. L’Union Constitutionnelle (UC) s’est dans ce sens empressée de donner la parole à ces cadres. Une table ronde organisée au siège du parti, dimanche 26 octobre 2003, a réuni les représentants de ce parti et ceux des deux autres partis précités. L’objectif était de procéder à une première évaluation du projet avant d’arrêter une position officielle face aux arguments défendus par la majorité gouvernementale. «Le rôle d’un gouvernement est d’être créatif. Toute loi de finances se doit de présenter un projet courageux et une part de rêve qui soit réalisable. Mais le constat est là. Le langage gouvernemental n’est ni clair ni courageux. La loi de finances, telle qu’elle est présentée, manque d’ambition alors que le peuple aspire à mieux», a déclaré d’entrée Zaki Semlali, président du groupe UC-PND à la Première Chambre. Pour ce parlementaire, les idées ne manquent pas. Mais, alors que l’actuel argentier est à sa septième loi de finances, aucune démarcation ni engagement n’ont pu être relevés. «L’actuelle majorité se dit libérale alors qu’elle nourrit un discours plus populiste que social, encore moins libéral. Le manque de courage politique est flagrant. Un choix est certainement à faire. Vouloir joindre à la fois les options sociale et libérale relève de l’immobilisme», a affirmé M.Semlali, s’exprimant au nom d’un groupe qui vient de formuler plus de 60 amendements, une petite semaine après le dépôt du projet de Loi de Finances. Ce chiffre pourrait atteindre 150 amendements d’ici la fin de la semaine prochaine. De son côté, le professeur Mohamed El Hassani, membre du bureau politique de l’UC, a fait une lecture nationaliste et partisane, en phase avec les principes du parti, c’est-à-dire, libéralisme social et régionalisation. «La loi de finances 2004 ne répond aucunement aux défis qu’impose la conjoncture que vit le pays. La forte dépendance des réalisations escomptées vis-à-vis des ingrédients conjoncturels est toujours de mise», a précisé Mohamed El Hassani tout en faisant, en bon universitaire qu’il est, parler les chiffres. Ceux qui sont communiqués par le ministre des Finances, a affirmé le membre UC, sont de graves aveux qui risquent de se retourner contre lui. En tête, le taux du déficit du Trésor annoncé, 3,8 % contre 3 % auparavant, se situe réellement entre 6 à 8%, compte non tenu des privatisations. «Le laisser-aller est bien réel. Le déficit n’est acceptable que s’il y a investissement. Or, les réalisations sont modestes, avoue le ministre en page 6 de son projet», précise-t-il. La gestion de la dette, encore une fois, de l’aveu de l’Argentier pour qui «une mise au point stratégique pour une gestion intérieure visant la réduction du coût et des risques », dénote d’un manque de stratégie, un aveu clair que la dette interne a un coût non négligeable et que les risques ne sont pas contrôlés, ont relevé les membres UC. «La non-correspondance entre le discours et la réalité est flagrante», a affirmé, pour sa part, Habib Eddaqaq, membre du bureau politique du même parti. Ainsi, l’enjeu de la régionalisation, si capitale pour les défis à venir, ne voit pas ses textes d’application mis en chantier. Plus grave, a souligné Habib Eddaqaq, «la couverture sociale ne nécessite pas moins de 50 lois organiques, alors qu’aucune allusion n’est contenue dans la loi de finances ! ». et il y a mieux : la confiscation des prérogatives du Parlement, sous couvert de loi de finances, est désormais devenue une habitude. Le code de l’enregistrement et des timbres en est la parfaite illustration. «Il en a été de même pour la douane. La précipitation est une tactique empêchant toute discussion», relève le membre UC. Le débat au sein des instances de l’UC, PND et PJD vient seulement que de s’ouvrir. La position commune sera bientôt arrêtée. Pour l’heure, «la réalité dément l’enthousiasme du ministre des Finances», tient à préciser Milouda Hazib, membre du PND. Et on n’en est pas à une contradiction près.

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