Une nouvelle génération d’émigrés

Interrogés dans le cadre d’une enquête menée par le bureau de la MAP à Paris, les Marocains résidant en France ne cachent pas leur admiration pour le pays d’accueil, notamment en ce qui concerne les réalisations en matière des libertés, dans la science et la culture. « C’est pour nous Marocains, une source d’inspiration, pourvu qu’on nous laisse y travailler à notre propre rythme et selon nos moyens, et que nos familles cessent de justifier des préjugés contre nos sociétés », a confié Mohammed Bennani, un pédiatre qui se rend régulièrement au Maroc pour se ressourcer, « en vue d’additionner, dit-il, les deux identités et ne pas être dépouillé de son passé ».
Barchad Mohammed qui gère depuis cinq ans une société d’installation des systèmes de surveillance à Paris se dit choqué par les discours critiques des médias français qui accablent les Maghrébins. «Ces gens-là nous détestent», s’alarme-t-il. « Notre utilité ne transparaît que très rarement derrière les quelques vedettes qui ont percé dans le sport et le ShowBusiness? Djamel Debbouz, Arazi, Bennazzi et autres… ».
Emprisonnés dans des stéréotypes, marginalisés par les clichés, plusieurs d’entre eux se laissent convaincre de rentrer au bercail, et s’élancer dans des projets d’entreprises et de gestion, mais ils sont confrontés, disent-ils, à « des procédures administratives lourdes et inefficaces ».
«j’étais allé en 1997 monter une entreprise de produits sanitaires à Agadir, avce une étude ficelée et détaillée du projet, mais la lourdeur de l’administration conjuguée au manque de sérieux des centrales syndicales, m’ont retenu, lance Abdallah Taleb, un restaurateur qui a bien réussi son parcours commercial en France. Deux de ses amis, se désole-t-il, ont renoncé à leurs projets au Maroc pour les mêmes raisons ».
Interrogés sur les récentes mesures de réformes économiques et sociales engagées par S.M le Roi Mohammed VI, ils étaient unanimes à s’exprimer sur «les implications positives de ses mesures qui engendrent un sentiment d’espoir pour le peuple marocain». «Notre Souverain, affirment-ils, a réussi à travers des gestes forts et concrets, notamment en matière des libertés et de relance économique, à cristaliser la sympathie de ses sujets».
«Les Marocains en France peuvent se montrer fiers d’avoir un Roi, épris de modernité, et qui connaît mieux que quiconque le vrai problème de l’immigration», lance Hassan Akif, un professionnel de la communication en faisant référence à l’interview accordée par S.M le Roi à « Paris-Match» dans son édition du 8 novembre 2001.
En réponse à une question d’Anne Sinclair sur les problèmes de la communauté marocaine en France, le Souverain avait souligné : « nous avons là un énorme travail de pédagogie réciproque pour privilégier le dialogue, rassurer ces jeunes et ces moins jeunes qui ne se reconnaissent plus dans le regard des autres. Ils y voient plus de suspicion que de compréhension, plus de rejet que de générosité. Il nous faut reconstruire et conforter ce fil qui doit privilégier le respect mutuel ».
Certes, ces Marocains de référence maternelle et paternelle, mais Français de naissance ou de coeur, se sentent souvent relégués, ignorés, et parfois même rejetés. Mais ils n’acceptent jamais le fait d’être comme un bâton brûlé par les deux bouts. Ils luttent en commun sous forme d’associations, ou individuellement à travers leur apport scientifique et culturel pour s’affirmer, se faire une place et réussir. Un colloque sur « l’émigration en Europe ? Quelles perspectives », ne s’impose-t-il pas en associant les compétences marocaines à l’étranger?

• Ahmed El Midaoui (MAP)

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