Une promenade qui finit devant le tribunal

«Non, M. le président, je ne l’ai ni kidnappée, ni séquestrée, ni violée…Elle m’a accompagné de son plein gré…», affirme Abdellah au président de la chambre criminelle près la cour d’appel d’El Jadida.
Bien qu’il ait trente ans, il fond en larmes comme un enfant. Son ami, Ali, à peu près du même âge, se tient près de lui très calme, et ne manifeste aucun signe de crainte.
Hayat et Amina, âgées toutes les deux de dix-huit ans, attendent que le président leur donne la parole. Elles sont amies depuis leur première rencontre au collège, qui remonte à trois ans environ. Leurs rencontres successives les ont rendues très intimes. C’était à la mi-mai 2002 à Khmis Zmamra. Hayat et Amina étaient très préoccupées par les préparations des examens de fin d’année. Elles se sont rencontrées, cet après-midi, pour se distraire et oublier les examens en se promenant.
Seulement quand elles conversaient toutes les deux, Amina est appelée par quelqu’un. Elle tourne la tête et lance un sourire vers le jeune qui l’a appelée. C’est Abdellah, le chauffeur d’un camion de transport de marchandise ; Il avance vers elle, l’embrasse et tend la main à Hayat pour la saluer. La relation entre Amina et Abdellah remonte à quelques mois déjà. Ils s’étaient rencontrés par hasard dans une ruelle de Zmamra pour commencer à se rencontrer de temps en temps. «Où allez-vous maintenant ? », demande Abdellah à Amina.
« Juste faire un tour…», lui répond-elle.
Il lui propose de l’accompagner avec un ami et passer l’après-midi à Sidi Bennour. Amina lance un clin d’oeil à Hayat. Cette dernière se contente de sourire. «D’accord…», lui dit-elle.
Abdellah fait appel à son ami, Ali, qui dort dans un autre camion. «On veut faire un tour à Sidi Bennour», lui propose-t-il.
Hayat, Amina et Abdellah montent dans le camion. Pendant le trajet, les deux filles se cachent de temps à autre pour ne pas être remarquées par les gendarmes. Ils sont arrivés à leur destination. Ils ont bu des boissons au café et ont bavardé avant de reprendre leur chemin à destination de Khemis Zmamera.
Seulement, à mi-chemin et plus précisément dans la région de Bouhmame, le chauffeur a pris la direction d’une forêt. Les deux filles n’ont pas protesté. Elles rigolaient, bavardaient, riaient. Ali freine près de la forêt. Ils descendent, y entrent pour marcher et respirer de l’air pur. Main dans la main, Abdellah tire Amina derrière un arbre, l’embrasse, lui ôte le pantalon et la sodomise.
«Ce n’est pas la première fois que j’ai fait l’amour avec elle de cette manière…C’est la troisième ou la quatrième…», affirme-t-il aux jurés.
Ali est resté seul avec Hayat, qui a refusé d’obtempérer à ses avances. Il a respecté son choix.
«Oui, M. le président, ils ont fait l’amour de plein gré…Alors que Ali a reculé lorsque j’ai refusé…», témoigne Hayat devant la cour.
Amina écarquille les yeux. Qu’est ce qu’elle dira à ses parents ?
«Oui, M. le juge, j’ai consenti à faire l’amour avec lui…». Mais pourquoi l’a-t-elle accusé ?
Il était 21h passée, quand elles sont rentrées de leur «petit tour». Sa mère était sur ses nerfs, elle commença à la battre. «Où étais-tu jusqu’à maintenant ?», lui demande-t-elle au moment où son père rentre. «J’étais enlevée, séquestrée et violée avec Hayat», lui confie-t-elle. La Cour, convaincue enfin qu’il s’agit d’accusations mensongères pour fuir le châtiment paternel, a acquitté Abdellah et Ali.

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