Une réforme ubuesque

La réforme de l’enseignement comprend des innovations qui défient toute logique. Certes, elle n’élimine personne. C’est même un portail, un arc de triomphe ouvert à tous. À preuve, comment devient-on prof d’arts plastiques au Maroc ? En obtenant un DEUG en histoire géo ! Ou encore en mathématiques, en physique, en littérature. Ce n’est pas une blague, puisque le concours d’accès aux Centres pédagogiques régionaux (CPR), où sont formés les futurs profs de premier cycle en arts plastiques, est ouvert à tous les étudiants du Royaume ayant obtenu un DEUG avec « une mention ». La circulaire du ministère de l’Education nationale n° 90, datant du 15 juillet 2003, est très claire sur le sujet. Elle ouvre les concours d’accès aux CPR aux étudiants, toutes disciplines confondues. Et c’est ainsi que des élèves qui ont suivi, dans des lycées, une formation en arts plastiques ont été surpris de rencontrer, lundi dernier à l’entrée du CPR de Rabat, Casablanca, Tanger et Marrakech, des candidats qui se sont présentés au concours avec un stylo et une feuille blanche. Affolé par cette insulte à l’art, un élève familiarisé, pendant des années, avec l’usage des crayons et des tubes de peinture s’est adressé à notre journal. « C’est une aberration ! Une catastrophe ! Des candidats qui n’ont jamais touché un tube de peinture, qui ne connaissent même pas ce qu’est un croquis ont concouru en vue d’apprendre l’art de peintre dans des collèges ! » Au vrai, ils ont peu de chances de réussir leur examen d’entrée, puisque l’épreuve comprend des questions de pratique et d’analyse des images. La réalisation d’un croquis ou d’un dessin est notée 12/20, tandis que les questions relatives à la théorie n’absorbent que 8/20. Quand des candidats viennent passer un examen, dépourvus du matériel le plus élémentaire pour le faire, ils n’ont aucune chance de le réussir. Il reste à savoir pourquoi le ministère de l’Education nationale a réformé le système d’accès aux CPR. Le signataire de la circulaire, directeur des activités éducatives, est aux abonnés absents, et les responsables qui travaillent avec lui sont constamment en réunion. Dans l’attente d’une réponse instructive sur la conversion de nos universitaires en plasticiens, on peut juste gamberger sur les raisons de cette réforme. La formation en arts plastiques est peut-être considérée comme insignifiante pour faire l’objet d’une quelconque rigueur scientifique. Du moment que des postes budgétaires existent pour des profs en peinture, autant résorber des étudiants qui auraient augmenté le rang des chômeurs. Le hic, c’est que les bacheliers qui suivaient une formation de deux ans dans les CPR, se sont rétrécis comme une peau de chagrin. Ils étaient à peine cinq par classe au CPR de Rabat, l’année dernière. Va-t-on les éjecter pour mettre à leur place des étudiants munis d’un DEUG ?

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