Une salétine dans la lutte contre le cancer

Une salétine dans la lutte contre le cancer

Une belle journée d’automne signe sa naissance dans une ville pleine de charme: Salé.
Cadette d’une famille de quatre enfants, Amina Zoubeidi a commencé par user le fond de ses culottes sur les bancs d’une institution arabophone : la Madrassa Mohammadia, avant de se voir inscrire à l’école publique de son quartier, Bettana.
Le CEP en poche, elle sera admise au lycée Plateau où elle obtint son Bac sciences expérimentale avec un 20/20 en mathématiques.
Puis ce fut la Fac et la section Biologie-géologie. «Mon cursus universitaire a duré plusieurs années. J’ai fréquenté trois universités, une au Maroc et deux au Canada». Elle qui n’avait vu la neige que deux fois dans sa vie fera ses classes dans la Belle Province. «J’ai quitté la maison familiale, le samedi 21 janvier 1995 à 5h du matin, et je suis arrivée à Montréal vers 17h, heure locale». Premier choc. «Il faisait un froid de canard : – 21 degrés». Peu importe. Le surlendemain Amina se dirige vers l’Université du Quebec à Montreal (UQAM). Au département des sciences biologiques, elle fait la connaissance de sa nouvelle équipe et de son directeur de recherche. Comme elle était titulaire d’une licence en biologie, son master portera sur l’effet de l’ozone sur le blé. «Un sujet qui pourrait me donner la chance de retourner au Maroc, un jour». En attendant, elle arrondissait ses fins de mois en enseignant la biologie cellulaire et la biochimie tout en prenant goût à la recherche scientifique. Puis un jour, ce fut l’illumination. «Je me souviens que c’est suite à une conférence sur le cancer de la prostate que j’ai décidé d’entamer ma croisade contre cette maladie». Pour réaliser son vœu, Amina intègre l’équipe de recherche de l’hôpital général de Montréal. Un projet de recherche bien ficelé, des bourses universitaires et quelques bourses d’excellence ont rythmé ses études de doctorat. Elle n’avait pas à se soucier de l’argent puisqu’elle a gagné plusieurs prix et qu’elle a présenté ses travaux devant  plus 40 congrès à travers le monde ; chose qui lui a permis d’intégrer le gotha de l’urologie en Amérique du Nord.
En janvier 2004, Amina obtint un Ph.D en biochimie avec mention. Sa spécialité : le  cancer de la prostate. Sa thèse a été classée parmi les 10 meilleures thèses de l’Université de Montreal, toutes années et spécialités confondues.
Elle n’eut donc même pas besoin de rédiger une quelconque demande de travail que le Dr Martin Gleave, professeur distingué de l’Université de la Colombie Britannique lui demande de quitter Montréal pour Vancouver pour faire partie de l’équipe de recherche du seul centre multidisciplinaire sur le cancer de la prostate du Canada.
Elle a failli y aller n’eût été la maladie de son père. Coup de nez du destin, il est  atteint du cancer. Elle passera donc quatre mois à son chevet, à Salé et ne le quittera qu’après qu’il ait été déclaré en rémission.
A son retour au Canada, elle intègre le Prostate Centre au Vancouver General Hospital.
Sept mois plus tard elle commence à donner des conférences devant les plus prestigieux congrès et instituts spécialisés du monde. Notamment devant le  2ème symposium mondial sur le cancer de la prostate à San Francisco où les grands gourous de la spécialité étaient présents et au National Institute of Health (NIH) de Washington. Elle y développe le déroulement et les résultats de sa recherche sur l’identification de nouvelles cibles thérapeutiques pour le cancer de la prostate ainsi que leur mécanismes d’action. Une des molécules sur lesquelles elle travaille est, d’ailleurs, en phase d’essais cliniques actuellement. Tout cela lui prend énormément de temps. Mais, elle s’arrange toujours pour en trouver et pour mener à bien l’une ou l’autre des actions qu’elle initie en tant que militante du monde associatif. «Mon aventure dans ce domaine a commencé à Montréal, en décembre 1997 avec la création du Regroupement des biologistes marocains au Canada où j’ai occupé un poste de conseillère et de trésorière adjointe, puis de vice-présidente avant d’en occuper la présidence jusqu’en 2004». Pendant son mandat, elle fera également partie du conseil d’administration de la Fédération marocaine du Canada avant d’en devenir, par la suite, porte-parole officielle.D’Amina Zoubeidi, sa directrice de recherche de doctorat nous dira: «On a fait sortir Amina du Maroc mais on n’a pas pu sortir le Maroc de Amina». Ce qui veut tout dire.

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