Une tombe pour le policier

“On attend depuis plus d’une année de savoir au moins s’il est mort ou vivant… C’est dur pour nous de rester toute cette durée pour apprendre enfin qu’il a été tué et jeté dans un puit….“ éclate en sanglots M’Barka Roussaïne, mère du brigadier Saïd Roussaïne, disparu le 28 décembre 2000 après la fin de son service à la sûreté de Hay Hassani-Aïn Chok, à Casablanca (Cf la page 3 de notre édition du vendredi 8 mars 2002).
Il a quitté ce jour, dans l’après-midi, le commissariat à bord de sa Fiat 127, avec sa tenue de service et avait sur lui son pistolet de 9 mm avec 12 balles dans le chargeur. Mais depuis, il n’a pas donné signe de vie. “Nous avons convolé en justes noces, le 14 août 1999, …Il était très sympathique avec moi et avec sa famille… Il ne m’a jamais fait de mal…Mais une année et quatre mois plus tard, je ne le reverrai plus jusqu’à ce que j’apprenne la triste nouvelle. Il était assassiné alors que je ne le savais pas….”, affirme la femme du défunt, Touraya Kaâdate, les larmes aux yeux, la voix étranglée par l’émotion. Elle n’a pu les retenir lorsqu’elle parle de sa fillette. “C’est ce qu’il me reste de lui…Il ne l’a jamais vue… Il était très content et plein de joie lorsque je suis tombée enceinte…Mais il a disparu au cours du sixième mois de ma grossesse…“ ajoute-t-elle. Sa fille Chahrazade, née en mars 2001, trois mois après la disparition du brigadier, regarde, avec de petits yeux pleins d’innocence, les voisins et les membres de la famille qui sont arrivés, ce matin du vendredi 8 mars, chez eux au quartier Al Âtmanaya, à Sidi Othmane, pour présenter leurs condoléances. Elle ignore ce qui se passe autour d’elle, elle ne sait pas pourquoi sa mère, sa grand-mère et sa tante pleurent. Elle ne le connaîtra qu’à travers ses photos. Un drame. Après l’émotion et la tristesse, le temps des questions : pourquoi les deux malfrats ont-ils tué son mari et jeté son cadavre dans un puits au douar Ouled Malek, à Bouskoura ? Pourquoi les assassins, Abdelhadi Dahbi, né en 1972 à Casablanca et Abdelouahed Radi, né en 1970, se sont-ils permis d’attenter à la vie du brigadier, un homme pourtant sans histoires ? Ses collègues se souviennent d’un policier consciencieux, qui a le sens du devoir et de l’amitié.
Jeudi 21 février, la police est arrivée au summum du désespoir d’élucider cette disparition énigmatique du brigadier.“Ils m’ont demandé de les rejoindre au commissariat de Hay Hassani-Aïn Chok, précise la femme du défunt, …Lorsque je suis arrivée, ils m’ont donné un bout de papier portant le nom et l’adresse d’un avocat prénommé Redouane afin qu’il puisse effectuer les démarches nécessaires pour obtenir l’attestation du décès de mon époux…Je me suis rendue le lendemain chez l’avocat en question et je lui ai remis ma carte d’identité nationale, le livret de l’état civil et l’acte de mariage…“. Elle dit n’avoir été informée que le jeudi 7 mars que les meurtriers de son mari ont été arrêtés.
C’était mercredi soir que la police judiciaire de Tanger, après une information, a effectué une descente sur une demeure située au quartier Beni-Makada où séjourne Abdelhadi Dahbi. Un pistolet, une paire de menottes, une carabine de chasse et une carte de police portant la photo de l’accusé ont été saisis sur lui. La vérification du numéro de série du revolver a permis de révéler qu’il appartient au brigadier disparu. Arrêté, le mis en cause a avoué qu’il avait tué le policier avec la carabine de chasse et qu’il a agi avec la complicité de Abdelouahed Radi, surnommé El Ouazzani. Ce dernier a été arrêté à Ouezzane. Les deux mis en cause ont été conduits à Casablanca. Une opération de fouille du puits où a été jeté le cadavre a permis la découverte de quelques os du défunt. Ce dernier devait être enterré au cimetière des Chouhada à Casablanca.

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