Une tradition qui dégénére

Le jour de la fête d’Al Aïd, certaines traditions profondément ancrées dans la société marocaine refont surface. Ces traditions diffèrent d’une région à l’autre et d’une génération à l’autre.
Celle de «Boujloude» ou «Boulabtaïne», qui consiste à porter la peau du mouton après l’immolation (voir photo) remonte à plus loin dans les traditions de la société. En effet, une heure après l’immolation du mouton le jour d’Al Aïd Al Adha, des groupes de personnes, jeunes et moins jeunes, actuellement organisés sous l’égide des associations locales, notamment dans la région de Souss, revêtent la peau du mouton. Ils sillonnent tous les quartiers de la ville, tapent à toutes les portes, font peur aux petits enfants, arrêtent les personnes rencontrées sur leur chemin et leur demandent quelques pièces de monnaie. Cette activité bat son plein tout l’après midi du jour de la fête et le lendemain d’Al Aïd. Ainsi, ils parviennent à obtenir des sommes d’argent importantes.
Lesquelles, selon les traditions, sont dépensées une semaine plus tard pour organiser une cérémonie à laquelle sera invité toutes les personnes ayant contribué, d’une façon ou d’une autre, à la réussite de cette opération baptisée «Carnaval». Lors de cette cérémonie, raconte Lahcen C. , 62 ans, retraité, résidant dans la région d’Aït Baha, les organisateurs de ce carnaval égorgent généralement un boeuf et invitent tous les habitants de la région. C’est une grande manifestation populaire. C’est un hommage, poursuit-il, à la joie.
Les jeunes dansent, balancent leurs bras, font briller leurs yeux, chantent et chacun devient le personnage de sa propre pièce. Seulement, ajoute-t-il, les choses ont évolué maintenant dans le sens négatif. En effet, cette tradition de port de peaux du mouton pendant les deux jours d’Al Aïd est en passe de devenir une pratique pour agresser les passants, notamment les jeunes filles, et leur soutirer tout ce qu’ils ont sur eux. Pour mettre un terme à ces pratiques qui portent préjudice aux traditions de la région et gâchent la joie de la fête aux autres, les autorités locales, à Aït Melloul, Inzegane, Tarraste, Tikiouine, Ouled Taïma et Agadir, ont exigé des associations organisatrices le port du badge pour toute personne participant à cette manifestation traditionnelle. Malgré ces mesures entreprises, plusieurs cas d’agression ont été constatés l’après-midi du samedi. Le jeune complètement masqué, par la peau du mouton qui dégage, sous l’effet de la chaleur, une odeur nauséabonde qui assaille l’odorat, arrive devant la fille et lui donne deux coups sur la tête avec les pattes du mouton, tradition dit-il !, avant de lui arracher son porte-monnaie et des pièces en or qu’elle porte et prend la poudre de l’escampette. Impossible de le reconnaître par la suite. Voilà les traditions !

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