Une vendeuse de rêves sous les verrous

Une vendeuse de rêves sous les verrous

Chambre criminelle près le tribunal de première instance à Casablanca. La salle d’audience est archicomble cet après-midi du mois de septembre. Une vingtaine de suspects sont debout, attendant l’ouverture de l’audience. La majorité était des dealers. Ces derniers sont très nombreux dans les quartiers populaires de la capitale économique. Ils sont très actifs à l’approche du mois sacré de Ramadan. Au banc des accusés, se trouvait également une femme, nommée Fatima.
Âgée de quarante-deux ans, cette femme divorcée, mère de cinq enfants et sans profession, portait une djellaba grise et un foulard blanc. L’audience s’ouvre. Le greffier appelle Fatima à la barre.
Elle avançait à pas lents. Le magistrat appela ensuite trois jeunes hommes et deux jeunes femmes. Il leur ordonna d’attendre en dehors de la salle d’audience. Ce sont les personnes qui ont été victimes d’arnaque. « Tu es accusée d’escroquerie. Qu’en dis-tu ? », lui a demandé le président du tribunal. « Je ne les connais pas, Monsieur le président. Je n’ai ni arnaqué ni promis à quelqu’un de lui trouver des contrats de travail en Europe et dans les pays du Golfe », a-t-elle répondu en éclatant en sanglots.
Le président du tribunal continue à lire le contenu du procès-verbal tout en l’interrogeant sur les accusations. A chaque fois, elle criait son innocence. Elle prétendait gagner sa vie honnêtement en travaillant tantôt comme marchand ambulant tantôt comme femme de ménage. Le procès-verbal dressé par la police souligne qu’elle a effectivement travaillé comme une femme de ménage chez des familles plus ou moins aisées une fois divorcée. Au bout de quelques temps, elle a fait la connaissance d’un escroc qui arnaquait les rêveurs de l’Eldorado.
Il leur promettait un contrat de travail à l’étranger contre une somme d’argent qui varie entre vingt et cinquante mille dirhams. Elle est devenue son complice. Après quelques mois, elle a empoché d’importantes sommes d’argent.
La vie de Fatima et de ses enfants a alors changé. Ils menèrent une vie de luxe. Fatima acheta des bijoux en or. Plus tard, elle a été arrêtée et traduite devant la justice. Elle a été condamnée à six mois pour complicité. Une fois relâchée, elle récidive. Il semble qu’elle a goûté à l’argent facile. Et Fatima s’est lancée à la quête des victimes pour leur vendre des « rêves utopiques ». Ses victimes ont témoigné contre elle. A tour de rôle, les témoins ont raconté devant le tribunal leurs histoires. L’émotion y était Des témoignages que Fatima n’a pu réfuter. Elle se contentait de baisser sa tête à chaque fois que le magistrat lui demande de répondre aux accusations des victimes.
A ce moment, son avocat est intervenu pour expliquer au tribunal que sa cliente ne peut plus suivre l’examen du dossier parce qu’elle est diabétique. Mais le magistrat a préféré poursuivre l’examen du dossier pour ne pas le reporter. Prenant la parole, l’avocat présente sa plaidoirie.
Il a précisé qu’elle ne connait pas  les plaignants ni d’Eve ni d’Adan. Et que ces derniers pourraient être arnaqués par une autre femme qui ressemble à Fatima. Seulement, le substitut du procureur du Roi a expliqué dans son réquisitoire que les mis en cause ont tous reconnu Fatima et l’un de ses cinq enfants qui l’accompagnait souvent. Enfin, Fatima est jugée coupable. Le tribunal l’a condamnée à deux ans de prison ferme. 

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