Vaincre la pauvreté, c’est encore faisable

Vaincre la pauvreté, c’est encore faisable

Ce groupe indépendant de 265 consultants internationaux, baptisé « Projet du Millénaire », a soumis une série de propositions concrètes afin d’atteindre les Objectifs de développement du millénaire (ODM), auxquels la communauté mondiale avait adhéré lors d’un Sommet de l’Onu à New York au tournant du siècle. Le groupe, dirigé par Jeffrey Sachs, professeur à l’Université Columbia, avait été chargé de cette tâche en 2002 par le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan. Ce dernier doit s’inspirer de ce travail pour présenter lui-même en mars un rapport aux Etats membres qui contiendra ses recommandations avant la réunion du G8 de juillet et le Sommet mondial de septembre à New York qui marquera le 60ème anniversaire de l’Onu. 2005 est considérée à l’Onu comme l’année charnière pour la réalisation des ODM.
Au tiers du chemin, certains pays, notamment d’Asie, sont sur la bonne voie pour atteindre les ODM mais beaucoup, surtout en Afrique subsaharienne, sont en retard. « Diviser par deux l’extrême pauvreté d’ici 2015 est devenu plus difficile car un temps précieux a été perdu dans les premières années », a déclaré à la presse Mark Malloch Brown, administrateur du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) et nouveau chef de cabinet de Kofi Annan. « Mais avec une mobilisation adéquate des ressources, avec la volonté politique et des réformes tant dans les pays en développement que dans les pays développés, atteindre ce but est encore faisable », a-t-il ajouté. « En honorant simplement les engagements déjà pris des deux côtés: bonne gouvernance, financement adéquat, libre échange, accès global à la science et la technologie, on peut mettre fin à l’extrême pauvreté sur cette planète d’ici une génération (2025) et certainement la réduire de moitié d’ici 2015, ce qui est l’un des objectifs du millénaire », a renchéri M. Sachs.
Pour y parvenir, les experts affirment qu’il suffirait d’un investissement de 0,54% du PNB des pays industrialisés, ce qui est largement dans les limites de ce qu’ils ont promis, notamment lors du Sommet du développement en 2002, à savoir de consacrer 0,7% de leur PNB à l’Aide publique au développement (APD).
Pour l’instant, l’APD des 22 pays les plus riches est loin de ce niveau: 0,25% en moyenne en 2003. « La réponse très généreuse de la communauté mondiale au désastre des tsunamis dans l’océan Indien a montré que les citoyens ordinaires des pays riches approuvent l’aide aux pauvres, s’ils voient clairement le besoin et s’ils sont confiants que l’argent qu’ils versent atteindra et aidera les gens dans le besoin », estime le Projet du Millénaire. Le rapport contient dix « recommandations-clés », dont la mise en place dès 2006 par les gouvernements des pays en développement de stratégies ambitieuses en vue d’atteindre les ODM d’ici 2015. En réponse, les donateurs sont invités à identifier dès 2005 une douzaine de bons élèves du développement, des pays qui se sont dotés d’une telle stratégie et sont jugés prêts à recevoir et gérer convenablement une APD accrue. Parmi ces pays à placer dans la « file rapide » (Fast Track): Mali, Burkina Faso, Ethiopie, Ghana, Mauritanie, Yémen. Autre recommandation, le lancement dès 2005 par les pays riches et pauvres d’une série d’actions « à gain rapide » (Quick Win), projets peu onéreux mais à fort impact comme la fourniture de repas gratuits dans les écoles, de générateurs à piles solaires pour les hôpitaux, de médicaments antirétrovirus contre le sida. « La fourniture gratuite de moustiquaires à 5 dollars, pièce dans tous les pays impaludés permettrait à elle seule de sauver chaque mois de la mort 250.000 enfants africains, soit autant que les victimes des tsunamis dans l’océan Indien », a lancé M. Sachs. « Et des moustiquaires ne risquent pas d’échouer sur un compte bancaire off-shore », a-t-il ajouté, dans une allusion au problème de la corruption.

• Hervé Couturier (AFP)

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